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09. L’Enseignement sur le repentir



L’Enseignement sur le Repentir

Selon la Voie de la prédominance réciproque en alternance du yin et du yang, ceux qui accomplissent une bonne action recevront selon cette réciprocité une rétribution productive, tandis que ceux qui accomplissent une mauvaise action recevront selon cette réciprocité une rétribution destructive. Cela est vrai et il n’y a aucun doute là-dessus. Mais ceux qui se repentent et se corrigent pour toujours de leurs fautes passés, peuvent passer au-delà du pouvoir karmique de cette production selon cette réciprocité, qu’elle soit productive ou destructive, et disposer du mérite comme du démérite. Voilà pourquoi tous les bouddhas et les grands maîtres ont, unanimement, ouvert les portes du repentir.

Comme règle générale, le repentir est le premier pas dans le rejet de l’ancienne façon de vivre et dans le défrichement d’une nouvelle façon de vivre, la première porte  pour délaisser la voie du mal et pour entrer dans la voie du bien. Pour ceux qui, se repentant de leurs fautes passées, continuent jour après jour d’agir dans la voie du bien, le karma passé disparaîtra peu à peu, et aucun karma nouveau ne sera cultivé ; et donc la voie du bien sera plus proche jour après jour, tandis que la voie du mal d’elle-même s’éloignera. Ainsi est-il dit dans un sûtra : « L’esprit d’avant faisant le mal est comme un nuage cachant le soleil, l’esprit d’après rétablissant le bien est comme une vive lumière qui disperse les ténèbres. » Le démérite naît de l’esprit, à l’origine ; c’est pourquoi il disparaîtra nécessairement quand cet esprit disparaîtra ;  le karma est ignorance, à l’origine ; c’est pourquoi il disparaîtra nécessairement sous l’effet de la lumière de la sagesse de notre nature originelle. Ceux qui gémissent sous la souffrance de leur démérite, comment pourraient-ils ne pas entrer par cette porte ?      

Cependant, l’origine du karma de démérite étant l’avidité, la colère et la déraison, aussi repentant que vous puissiez être, si vous répétez ensuite le mal, jamais ne viendra le jour où ce démérite sera épuisé. En outre, bien que ceux qui ont commis des actions gravement déméritoires et qui sont pour cela tombés dans une mauvaise destinée puissent encore accumuler un certain mérite grâce à une repentance momentanée et recevoir selon ce mérite, cependant, aussi longtemps qu’ils laisseront intactes l’avidité, la colère et la déraison, qui sont à l’origine de cette mauvaise destinée, leur démérite restera tel quel. On peut comparer cela à quelqu’un qui essaierait de refroidir l’eau bouillant dans un grand chaudron en y versant de l’eau par en haut, tout en laissant brûler le feu au-dessous : la force du feu d’en bas est puissante, tandis que celle de l’eau froide est faible, si bien que l’eau ne refroidira jamais.     

Nombreux dans le monde sont ceux qui se repentent de leurs fautes passées, mais peu nombreux sont ceux qui ne répètent pas ces fautes ensuite. Certains accomplissent une ou deux actions méritoires dans un esprit momentané de repentir, mais ils laissent l’avidité, la colère et la déraison intactes au beau milieu de leur esprit : comment peuvent-ils escompter une purification de leur karma de démérite ?  

La méthode pour se repentir est de deux sortes : se repentir en actes et se repentir dans le principe. «Se repentir en actes» (sacham) veut dire que l’on se repent sincèrement de ses fautes passées devant les Trois Joyaux et que l’on fait le bien jour après jour de toutes sortes de façons. « Se repentir dans le principe » (icham) veut dire que, en s’éveillant à ce domaine où la nature du démérite est originellement vide, on élimine tous tourments et illusions. Si l’on veut être libre à jamais du démérite et du mal on doit bien sûr pratiquer les deux à la fois : extérieurement on doit continuer à pratiquer toutes sortes de karma de bien, tandis qu’intérieurement on doit simultanément éliminer sa propre avidité, sa propre colère et sa propre déraison.  Faire ainsi peut-être comparé à quelqu’un qui veut refroidir de l’eau bouillant dans un chaudron en y versant beaucoup d’eau froide par en haut tout en éteignant le feu qui brûle au-dessous, si bien que, quel que soit le karma de démérite accumulé depuis des centaines et des milliers d’éons, il sera bientôt purifié.  

De plus, si le pratiquant, se repentant sincèrement et mettant en œuvre la Voie, atteint la liberté de l’esprit en s’éveillant à sa nature propre de Bouddha, qui est absolument calme tout en étant pleinement alerte, il pourra disposer du Karma du Ciel qui préside aux transformations de la Nature et commander à la naissance-et-mort, si bien qu’il n’y aura pour lui plus rien à prendre ou à rejeter, plus rien à détester ou à aimer. Ainsi les Trois Mondes et les Six Destinées n’auront plus qu’une même et unique saveur, et l’action et le repos, les conditions adverses ou favorables, ne seront plus que samādhi. Pour lui, les myriades de démérites et de souffrances fondront comme la glace dans l’eau chaude, si bien que les souffrances ne seront plus souffrances et que les démérites ne seront plus démérites, que la lumière de la sagesse de sa nature propre sera constamment émise, la Terre entière devenant lieu de pratique et Terre Pure, où pas même la moindre trace de démérite ne pourra être trouvée, pas plus à l’extérieur qu’à l’intérieur ou entre les deux. Voilà ce qu’est le repentir du Bouddha et des patriarches, et le repentir du Mahāyāna. C’est seulement quand ce stade est atteint que l’on peut dire qu’il a été mis fin à tout karma de démérite.

Depuis peu sont apparus de temps à autre des groupes de maîtres s’auto-proclamant illuminés qui, faisant peu de cas des préceptes, de la discipline et de la loi de rétribution karmique, ont agi ou se sont abstenus à leur guise, déclarant que leur action était « sans entraves » et souillant ainsi parfois tout ce qui est bouddhiste. Cela vient de ce qu’ils ont seulement réalisé que la Nature propre est libre de discrimination mais qu’ils n’ont pas réalisé qu’elle implique aussi discrimination : comment dire que cela est connaître la véritable Voie, qui transcende l’être et le non-être ? En outre, nombreux sont ceux qui croient qu’ils sont parvenus au terme de leur pratique parce qu’ils ont vu leur nature, et qu’on n’a pas besoin de repentir ni de pratique quand on a vu sa nature. Mais, même quand sa nature a été vue, les myriades de tourments et tous les attachements n’ont pas été éliminés en même temps et, même  quand la bouddhéité a été atteinte en obtenant les Trois Grands Pouvoirs, le karma déjà fixé ne peut pas être évité. Il faut faire bien attention à ce point,  pour éviter de tomber dans des vues erronées et de mécomprendre la parole des bouddhas et des patriarches, et de considérer à la légère le karma de démérite.
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