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Méthode de la méditation à tout moment

D’une manière générale, le seon est la pratique qui conduit, par l’atteinte de l’Eveil à notre propre nature, qui est originellement libre de discrimination et d’attachement, à liberté de l’esprit. Depuis les temps les plus anciens, tous ceux qui se consacraient à la Grande Voie (do) ont pratiqué le seon.

Celui qui veut pratiquer le vrai seon doit tout d’abord considérer le Vrai Vide (jin-gong) comme étant l’Essence (che), et l’Être Merveilleux (myo-yu) comme étant la Fonction (yong) ; il doit, extérieurement se tenir aussi immobile que le mont Tae face aux dix mille circonstances, et intérieurement garder l’esprit aussi immaculé que l’espace vide, ceci de telle sorte que cet esprit opère ainsi : restant inactif même dans l’action, et sans repos même au repos. Ce faisant, quelles que soient les discriminations, jamais elles ne se départiront du Calme (jeong, samādhi, recueillement), et le fonctionnement de nos six organes sensoriels s’accordera alors à la nature propre du Vide-et-Calme, qui est Conscience spirituelle connaissante. C’est là ce qui est appelé le seon du Mahāyāna, et là est la méthode d’une pratique capable de nous faire progresser conjointement dans la Triple Discipline.

C’est pourquoi il est dit dans un sūtra : « Faites naître un esprit qui, tout en répondant, ne demeure nulle part. » C’est bien là la grande méthode d’une pratique qui reste impassible au sein des dix mille circonstances. Cette méthode, elle peut sembler extrêmement ardue mais, s’il connaît précisément les modalités de sa pratique, même sans cesser de manier la houe un paysan peut pratiquer ce seon, même sans cesser de manier le marteau un artisan peut pratiquer ce seon, même sans cesser de manier l’abaque un comptable peut pratiquer ce seon, même sans interrompre ses tâches administratives un fonctionnaire peut pratiquer ce seon ; et quant à nous, c’est aussi bien tandis que nous allons et venons que quand nous restons chez nous que nous pouvons pratiquer ce seon. Pourquoi dès lors se soucier encore d’élire un lieu spécial, pourquoi discuter plus longtemps action et inaction ?

Pourtant, chez le débutant dans la pratique du seon, l’esprit n’est pas maîtrisé à son gré : il en va comme de domestiquer un buffle, et si la bride de l’esprit n’est relâchée qu’un seul instant, l’esprit d’engagement dans la Voie en est pourtant aussitôt lésé. Par conséquent, c’est seulement si n’est pas relâchée la bride à cet esprit prêt à se battre jusqu’au bout, et cela quels que soient les désirs qu’éveillent en lui les circonstances, que peu à peu cet esprit mûrira, et qu’un état sera atteint où il fera ce que vous voudrez. En chaque nouvelle circonstance, souvenez-vous que c’est une occasion de pratiquer qui vous vient là, et estimez toujours à sa suite si vous vous serez laissé entraîner ou non. Ainsi, quand aura augmenté le nombre de fois où l’esprit aura fait ce que vous vouliez, laissez-vous mettre de temps en temps dans certaines circonstances que vous aimez ou que vous n’aimez pas. Si votre esprit en est troublé comme auparavant, c’est que votre engagement dans la Voie reste immature, mais s’il reste impassible, c’est là la preuve que votre engagement dans la Voie mûrit. Cependant, à cet instant précis où vous remarquez que votre esprit reste impassible, ne relâchez pas l’attention, car s’il reste alors impassible c’est grâce à l’emploi d’un pouvoir mental plutôt que naturellement. Un esprit n’est bien domestiqué que lorsqu’il reste impassible même non surveillé.

Si l’on poursuit longtemps la pratique du seon, on met fin à tous angoisses et tourments, on obtient la libération de l’esprit ; l’on sera alors centré tel une colonne de fer, protégé de l’extérieur comme par une muraille de pierre, si bien que ni richesses ni gloire ne pourront séduire un tel esprit, que ni les armes ni le pouvoir ne pourront le soumettre et que, abordant toutes choses de cette manière, jamais l’on ne trébuchera ni ne restera entravé ; quoique demeurant en ce monde impur, on atteindra sans cesse des centaines, des milliers de samādhi (sammae). Atteint ce niveau, c’est tout ce domaine impur [le monde entier] qui sera transformé en l’Unique et Vrai Domaine des Dharma (Dharmadhātu, il jin beop gye), là où Raison-et-Tort, Bénéfique-et-Dommageable et tous les dharma, les impurs comme les purs, n’ont plus que l’unique saveur du petit-lait. C’est là l’état appelé Porte de la Non-dualité, d’où proviennent Liberté dans la naissance-et-mort, Délivrance du saṃsāra, Suprême Béatitude de la Terre Pure.

Récemment, de nombreux groupes de pratiquants du seon ont pensé que le seon était chose difficile et que par conséquent, si l’on avait femme et enfants, ou bien une profession, il était impossible à pratiquer sans s’en aller dans la montagne pour s’y asseoir au calme. Cela vient de leur ignorance du Grand Dharma selon lequel tous les dharma ne font pas dualité, et s’il en était ainsi, le seon, devant être pratiqué assis, il ne pourrait être pratiqué debout. Mais un seon assis, et non debout, ce serait là un seon bien mal en point : comment donc un tel seon pourrait-il bien devenir la grande pratique susceptible de sauver tous les êtres vivants ? De plus, étant donné que la nature propre de la Nature ne consiste pas seulement en vide et en quiétude, pratiquer un tel seon d’être inanimé ne saurait être la pratique d’un seon qui puisse exercer pleinement la Nature, mais seulement la fabrication d’un corps d’invalide. C’est pourquoi c’est bien au sein même de ce qui dérange qu’il faut que l’esprit reste calme, et surtout lors de circonstances qui provoquent de forts désirs qu’il faut que l’esprit reste impassible : voilà le vrai seon, voilà le vrai Calme (jeong, samādhi, recueillement).

Pour résumer le principe du seon à tout moment (musiseon) :
« Quand les six organes n’opèrent point, supprimez les pensées futiles, cultivez l’esprit unique.
Quand les six organes sont en opération, supprimez l’injustice, cultivez la justice. »