Dharmas > Sûtra fondamental

5. La loi de la causalité

 

1. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " La Vérité de l'univers est depuis l'origine une révolution sans fin, sans naissance ni mort. Aller, c'est venir, et venir, c'est aller; la personne qui donne, c'est la personne qui reçoit, et la personne qui reçoit, c'est la personne qui donne. Il s'agit là de la Voie permanente, celle qui ne connaît point le changement depuis l'éternité ".

 

2. Le Grand Maître Fondateur dit: " En accord avec le principe du changement des saisons dans l'univers, il existe en toutes choses les changements de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort; pour les êtres humains, il existe la rétribution des actes bons ou mauvais posés par chacun d'eux en accord avec la voie de la permutation ( l'alternance ) entre le yin et le yang dans l'univers. Si l'hiver est la période au cours de laquelle le yin domine, étant donné que le yang existe à l'intérieur du yin, le yang reprend peu à peu de la vigueur, si bien que reviennent bientôt le printemps, puis l'été; si l'été est la période au cours de laquelle le yang domine, étant donné que le yin existe à l'intérieur du yang, le yin reprend peu à peu de la vigueur, si bien que reviennent bientôt l'automne, puis l'hiver. De la même façon, dans les activités humaines, il existe une corrélation entre la force et la faiblesse et, selon que l'homme fait le bien ou le mal, il apparaît une rétribution de ses actes suivant une progression ou une régression et une rétribution favorisant l'harmonie mutuelle ou les conflits mutuels. Cela représente le principe fondamental de la rétribution des actes ".

 

3. Le Grand Maître Fondateur dit: " Les plantes vivant enracinées dans la terre, quand leurs graines ou leurs racines sont plantées en terre, elles germent et poussent en accord avec le cycle des saisons; les animaux vivant enracinés dans le ciel, même lors de chacune de leurs pensées, de chacun des mouvements de leur corps, de chacune de leurs paroles, les causes de leur rétribution sont semées dans l'espace et, selon les liens avec le bien ou le mal, il apparaît une rétribution répondant à ces pensées, à ces mouvements et à ces paroles. Par conséquent, comment quelqu'un oserait-il tromper les hommes et tromper le ciel? "

 

4. Le Grand Maître fondateur dit: " Les récompenses et les punitions attribuées par l'homme dépendant de ses sentiments, si éclairé que soit celui qui les attribue, il se produit des erreurs; par contre, les récompenses et les punitions attribuées par le ciel et la terre étant accordées avec indifférence et impartialité, elles le sont en accord avec la Vérité, sans l'ombre de la moindre erreur, si bien qu'elles sont la rétribution indubitable répondant aux actions bonnes ou mauvaises de chacun. Cette Vérité étant omniprésente et se trouvant partout, comment pourrait-on la tromper et comment pourrait-on n'en point craindre la rétribution des actes? Par conséquent, tout homme possédant un jugement sain considère les récompenses et les punitions attribuées par la Vérité comme plus grandes et plus importantes que les récompenses et les punitions attribuées par les hommes ".

 

5. Le Grand Maître Fondateur dit: " Evitez de haïr et d'injurier autrui, même s'il ne vous voit pas et ne vous entend pas. Les énergies de l'univers ( du ciel et de la terre ) communiquent entre elles et, si l'on a haï ou injurié quelqu'un, ne serait-ce qu'une seule fois et sans que l'intéressé le sache, les énergies de l'univers en ont d'abord connaissance et cela devient une semence de conflit conflit; si l'on a pensé du bien ou fait l'éloge de quelqu'un, ne serait-ce qu'une seule fois et sans que l'intéressé le sache, les énergies de l'univers en ont d'abord connaissance et cela devient une semence d'harmonie mutuelle qui, lorsqu'elle rencontre des conditions favorables, porte de bons fruits, alors que la semence de conflit mutuel porte de mauvais fruits. Le ver de terre et le scolopendre possèdent des énergies qui sont en opposition entre elles; si l'on en brûle les peaux, on peut se rendre compte qu'après un moment pendant lequel les deux énergies se font mutuellement concurrence, l'une d'entre elles disparaît avant l'autre. On peut par conséquent grâce à cela découvrir le principe selon lequel il existe une corrélation entre les énergies de conflit mutuel entre elles, d'une part, et entre les énergies d'harmonie mutuelle, d'autre part ".

 

6. Le Grand Maître Fondateur dit: " Tout comme dans l'univers le temps est tantôt gai et tantôt triste, l'énergie de l'esprit humain est tantôt à la joie et tantôt à la mélancolie; de même, le monde environnant est tantôt favorable et tantôt défavorable: il s'agit là aussi de changements naturels répondant au principe de la causalité. Quand il subit un tel changement, grâce au calme résultant de la culture de l'esprit, l'homme qui connaît ce principe reste tranquille comme l'univers, alors que l'homme qui ignore ce principe est ébranlé jusque dans son esprit par un tel changement: il n'est pas capable de garder le juste milieu ni dans la joie, ni dans la tristesse, ni dans la peine, ni dans le plaisir, si bien que, pour lui, l'océan de la souffrance de ce monde ne connaît point de limites ".

7. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " Les bienfaits accordés à autrui deviendront autant de faveurs dont bénéficiera un jour le donateur; par contre, ce qui a été volé par malveillance sera repris par malveillance au voleur. Compte tenu de la situation plus ou moins élevée de l'autre partie, la rétribution en pourra être multipliée des dizaines de milliers de fois ou encore être réduite dans des proportions analogues, mais elle ne sera jamais totalement supprimée. De plus, même si l'autre partie ne se venge pas directement, il existe une rétribution du bien et du mal qui est attribuée tout naturellement. Par conséquent, je ne pourrai jamais être l'objet d'une rétribution pour des actes d'autrui, et les autres ne sauraient être l'objet de la rétribution d'actes que j'ai commis moi-même ".

 

8. Un jour, Cho Chn-gwn déclara: " Les Bouddhas ne devant pas avoir commis d'actes entraînant une pénible rétribution tout au long des multiples kalpas de leurs nombreuses vies, ils ne devraient pas avoir à subir de souffrances au cours de ces vies; pourtant, dans le passé, le Bouddha Câkyamuni ne fut pas sans connaître de multiples souffrances et adversités et, vous aussi, Grand Maître, depuis la fondation de cette communauté, vous avez subi la surveillance des autorités et connu des souffrances considérables pour contrôler la mentalité des membres de la communauté, si bien que nous ne parvenons pas à en comprendre les causes ". Le Grand Maître Fondateur lui répondit alors: " Depuis longtemps déjà, je me suis efforcé de ne point commettre de fautes volontairement; cependant, je me demande si, peut-être, il ne s'agirait point du fait que j'aurais inconsciemment exercé une pression exagérée sur les mauvaises pensées ou les intentions perverses de certains êtres obstinés pendant que j'enseignais de multiples fidèles au cours de mes nombreuses vies ". Et il ajouta encore: " Même avec la puissance du Bouddha qui, en possession de la Loi exacte et parfaite, délivre les êtres avec miséricorde, il est impossible d'effacer le karma; de plus, si humble que soit l'identité d'un être, en aucun cas les fautes ne sauraient effacer le bonheur acquis. Cependant, les Bouddhas et les Bodhisattvas dotés de puissance peuvent réduire à une seule vie la rétribution suceptible d'être reçue pendant plusieurs vies; il ne leur est pourtant pas possible de la supprimer totalement ".

 

9. Un jour, un des fidèles demanda: " Si quelqu'un s'adonne à l'ascèse avec une extrême dévotion, lui est-il possible d'éviter la rétribution de ses actes antérieurs? " Le Grand Maître Fondateur lui répondit: " S'il est difficile d'éviter en une seule fois le karma existant, il n'en existe pas moins une voie permettant de s'en libérer progressivement: si, connaissant le principe de la possibilité de changement des six catégories d'existence et des quatre modes de naissance, une personne qui s'adonne à l'étude et à la pratique évite de commettre des actes mauvais et accomplit de plus en plus de bonnes actions, peu à peu les mauvaises catégories d'existence s'éloigneront et les bonnes catégories d'existence se rapprocheront. Si, même quand des personnes cherchent à se venger contre moi à cause de mauvaises relations, grâce à ma dévotion et à ma vertu je n'éprouve aucune intention de leur répondre par la vengeance, tout naturellement cela conduit à l'extinction du karma en question. Si, même quand on reçoit la punition pour ses propres fautes, on efface tous les actes passés à l'origine du karma avec la pensée de rembourser une dette ancienne en réfléchissant au vide originel de son coeur, une telle attitude aura pour résultat de faire disparaître la multitude des fautes, tout comme la neige fond sur un braséro. Tout cela représente la voie selon laquelle l'esprit permet de faire disparaître le karma des vies précédentes. De plus, en se consacrant de façon satisfaisante à la pratique de l'ascèse, on avance sans cesse plus haut dans le monde des six catégories d'existence et, même si l'on vient à rencontrer des êtres avec lesquels on a noué de mauvaises relations au cours des vies antérieures, étant plus élevé que ces êtres, on souffrira peu de leur vengeance. Etant donné que l'on a accumulé des mérites dans l'ensemble de la société, de quelque côté que vienne l'attaque, toujours on reçoit la protection de la société; ainsi, les êtres avec lesquels on a noué des relations mauvaises ne peuvent se permettre de profiter des failles pour passer à l'attaque. C'est là une méthode permettant par sa puissance d'alléger le poids du karma ".

 

10. Un jour, en voyant un des disciples incapable de dominer sa colère parce qu'il venait d'essuyer un affront de quelqu'un, le Grand Maître Fondateur lui dit: " Quand tu auras l'occasion de te venger, abstiens-toi d'assouvir ta vengeance, ainsi le karma s'éteindra tout naturellement; par contre, si tu te venges maintenant, la personne concernée se vengera de nouveau. Ainsi, si les protagonistes ne savent pas s'abstenir de la vengeance, jamais le karma conflictuel n'aura de fin ".

 

11. Le désaccord régnant entre les époux dans la famille de l'un des fidèles de la communauté et la femme prétendant que jamais elle ne nouerait la moindre relation avec son mari dans l'une ou l'autre de ses vies futures, le Grand Maître Fondateur lui dit: " Si tu ne veux pas nouer la moindre relation avec ton mari dans une vie future, il te faut éviter aussi bien de le détester que de l'aimer, et le considérer uniquement avec une parfaite indifférence ".

12. Un jour, alors que le Grand Maître Fondateur résidait au centre de formation de Pongnae, un chasseur tua un sanglier dans le voisinage, et les cris de l'animal retentirent avec une très grande tristesse; en les entendant, le Grand Maître dit: " Quand une chose obtient quelque profit, une autre chose subit quelque dommage ". Puis, il ajouta: " A la vue de la mort de ce sanglier, il m'est possible de connaître les crimes dont il s'est rendu coupable dans le passé; à la vue de ce chasseur qui tue ce sanglier aujourd'hui, il m'est possible de deviner ce qui l'attend à l'avenir ".

 

13. Le Grand Maître Fondateur dit: " L'homme commet une multitude d'actes pervers par son corps, sa bouche et son esprit et, en vérité, la diversité des rétributions qu'il reçoit est infinie; je me contenterai d'en donner quelques exemples fort simples pour vous en faire connaître une petite partie. Si quelqu'un accuse autrui sans raison et l'offense profondément, dans une vie future il souffrira de maladies de l'estomac; si quelqu'un se plaît à épier ou écouter en cachette les secrets d'autrui, dans une vie future il naîtra comme enfant bâtard et sera objet de mépris et de honte; si quelqu'un se plaît à révéler les secrets d'autrui et à humilier les autres devant les foules pour leur faire connaître la honte, dans une vie future il aura le visage marqué de taches et de cicatrices hideuses, si bien que toujours il mènera une vie dépourvue d'une grande activité ".

 

14. Un jour, un des disciples demanda: " Dans le cas où quelqu'un meurt frappé par la foudre, de la punition de quel acte mauvais s'agit-il? " Le Grand Maître Fondateur lui répondit: " Si quelqu'un meurt frappé par la foudre sans rien savoir, ni rien sentir, c'est parce que, dans une de ses vies antérieures, il a fait tomber la foudre, lui aussi, sur les foules, sans que les victimes le sachent ou le sentent. Par exemple, dans de nombreux cas, cela peut être le résultat du fait qu'il aura massacré des foules nombreuses en abusant de son pouvoir ou de la force armée, ou encore du fait qu'il aura mis en application des lois injustes et causé de multiples dommages à de nombreuses personnes ".

 

15. Un jour, alors que le Grand Maître Fondateur était en train de superviser les travaux de la construction du temple de Séoul, il entendit des travailleurs du chantier qui parlaient entre eux et disaient que l'homme a beau se donner du mal, cela ne suffit pas pour lui permettre de mener une vie aisée, que l'homme a absolument besoin pour réussir d'une certaine aide du hasard, même s'il en bénéficie sans s'en rendre compte. Se souvenant de leur conversation, plus tard, le Grand Maître dit un jour à ses disciples: " Au cours de sa vie en ce monde, l'humanité n'est pas sans recevoir, même si elle ne s'en rend pas compte, une certaine aide, et elle n'est pas, non plus, sans subir certains dommages venant du hasard; si les personnes qui ignorent cela restent persuadées que ces choses viennent de Dieu, du Bouddha, des ancêtres ou des esprits, les personnes avisées savent au contraire que toutes ces choses sont le résultat des actes et des pensées de chacun: tout homme reçoit dans la vie présente la rétribution des actes accomplis dans le passé, et il recevra à l'avenir la rétribution des actes qu'il accomplit dans le présent. Les personnes avisées savent qu'il n'existe aucune rétribution pour des actes que l'on n'a pas accomplis soi-même. Par conséquent, si des êtres déraisonnables veulent envers et contre tout accéder aux richesses et à la gloire, échapper à la misère et à la souffrance par des moyens contraires à tous les principes, les personnes sages, elles, acceptent paisiblement la rétribution des actes qu'elles ont accomplis dans le passé, et elles continuent à déployer des efforts en vue de jouir du bonheur à l'avenir. Ainsi, même en se préparant du bonheur, ces personnes sages sèment dans la société des mérites infinis, si bien que, toujours et partout, la source de leur bonheur restera intarissable ".

 

16. Un jour, le Grand Maître Fondateur dit: " Le plus pressant n'est point d'enseigner aux hommes toutes sortes de Textes sacrés ou de les encourager à la pratique de toutes sortes de bonnes actions, mais de faire en sorte qu'ils croient et qu'ils comprennent la Vérité de l'absence de naissance et de mort, ainsi que la Vérité de la rétribution des actes accomplis ".

 

17. Le Grand Maître Fondateur dit: " L'homme déraisonnable éprouve de l'envie et de la jalousie quand il voit les autres jouir du bonheur; cependant, quand il se trouve dans une situation susceptible de lui permettre d'acquérir des mérites, il se montre paresseux et ne pense qu'à dormir: c'est exactement comme l'homme qui désire moissonner des cultures qu'il n'a pas préparées. Si le laboureur n'a pas ensemencé son champ au printemps, il n'a rien à récolter à l'automne, telle est la règle fondamentale de la rétribution des actes. Comment donc ce principe se limiterait-il au travail de l'agriculture? "

 

18. Le Grand Maître Fondateur dit: " On peut comparer le fait que, malgré ses désirs les plus ardents, pour l'homme qui n'a pas acquis de mérites pendant sa vie, les choses ne se passent point selon sa volonté au fait qu'en cette vie quelqu'un a beau vouloir vivre dans une belle maison, cela reste pour lui absolument impossible si la maison en question ne lui appartient pas. Regardez donc Kong-ch'il! Quand il descend du train à la gare de chemin de fer de Iri, il voit alignés devant lui de nombreux immeubles de plusieurs étages contruits dans le style occidental; il ne pense pourtant pas le moins du monde à y entrer, et il se contente de rentrer chez lui, dans sa maison délabrée. C'est un exemple montrant que l'homme suit sa route en accord avec les actes qu'il a accomplis; c'est le type même de la rétribution des actes tels qu'on les a accomplis ".

19. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " Plus grand est un bonheur, plus il faut qu'il soit possédé par la personne à laquelle il doit revenir pour être durable; s'il est possédé par une personne à laquelle il ne doit pas revenir, ou bien la personne en question le laissera s'échapper, ou encore elle finira par agir de telle façon que ce bonheur soit pour elle à l'origine de quelque malheur. Par conséquent, les personnes sages savent construire leur bonheur; elles savent aussi le préserver et en profiter, si bien qu'elles le possèdent éternellement, si grand que soit ce bonheur ".

 

20. Le Grand Maître Fondateur dit: " Les personnes déraisonnables s'imaginent que la gloire est toujours bonne, et elles s'efforcent de faire à tout prix montre ne serait-ce que d'une vaine gloire: la raison en est leur ignorance du fait que cette vaine gloire est le germe qui finira par provoquer leur malheur. La gloire qui est l'image du principe fondamental du monde apparaît tout naturellement, quels que soient les efforts déployés pour la cacher; par contre, pour ce qui est de la vaine gloire, il est vrai qu'elle finit toujours par se ternir, quels que soient les efforts déployés pour la faire voir. Par conséquent, la gloire obtenue uniquement en parole et dépourvue de réalité est pour finir détruite par la parole, et celle qui est obtenue au prix de manoeuvres subtiles est non seulement détruite un jour par d'autres manoeuvres subtiles, mais encore elle entraîne même la destruction de la gloire que l'on possédait auparavant. Par conséquent, dans les cas les plus graves, les personnes concernées peuvent subir jusqu'à la perte de leurs biens et de leur vie. Ne s'agit-il donc pas d'une question au sujet de laquelle il convient de faire preuve d'attention avant de subir des résultats néfastes? "

 

21. Un mendiant ayant demandé à Kim Ki-ch'n de lui faire l'aumône ( en coréen, l'expression employée dans le texte pour dire < faire l'aumône > pourrait s'exprimer en traduction littérale par l'expression < construire son bonheur >, autrement dit acquérir des mérites pour recevoir plus tard le bonheur en récompense ), celui-ci lui répondit alors: " Si j'acquiers quelques mérites, est-ce que tu as le pouvoir de me donner le bonheur? " Le mendiant se trouvant dans l'impossibilité de donner une réponse, Ki-ch'n lui dit: " Pour se ménager le moyen de vivre, il arrive souvent que les gens déraisonnables demandent aux autres de construire leur bonheur, ce qui équivaut à commettre une faute en parole ". En entendant cela, le Grand Maître Fondateur dit à ses disciples: " Ce que vient de dire Ki-ch'n est l'expression même de la Loi: en ce monde, les hommes aiment recevoir le bonheur, mais rares sont ceux qui savent le construire; tout le monde déteste la punition qu'il lui faut subir pour ses fautes, pourtant nombreux sont ceux qui en commettent. C'est pourquoi, en ce monde, nombreux sont les hommes qui subissent la souffrance et rares sont ceux qui jouissent de la joie ".

 

22. Le Grand Maître Fondateur dit: " Si, sans se réfréner, quelqu'un commet toutes sortes de méfaits, sans aucun doute quelqu'un d'autre l'en empêchera; si personne d'autre ne l'en empêche, sans aucun doute la Vérité l'en empêchera. Par conséquent, l'homme qui possède un jugement sain s'abstient de commettre de tels méfaits sans attendre qu'on l'en empêche, et il accepte les conseils d'autrui sans attendre que la Vérité l'empêche de commettre ces méfaits. Ainsi, il n'a nulle raison de trembler à la pensée de voir ses méfaits révélés à la face du monde, et il a toujours le coeur en paix ".

 

23. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " O vous qui profitez de vos maigres talents pour abuser de votre petit pouvoir! N'allez donc point vous permettre de tromper ainsi le commun du peuple et de lui nuire en pensant qu'il est stupide! Si l'on additionne les sentiments du commun du peuple, on obtient les sentiments du ciel; si l'on additionne les yeux du commun du peuple, on obtient les yeux du ciel; si l'on additionne les oreilles du commun du peuple, on obtient les oreilles du ciel; et si l'on additionne les voix du commun du peuple, on obtient la voix du ciel. Comment donc pourrait-on se permettre de tromper le commun du peuple et de lui nuire en pensant qu'il est stupide? "

 

24. Un chien méchant du voisinage de l'administration centrale finit un jour par mourir après avoir été mordu par d'autres chiens; en voyant cela, le Grand Maître Fondateur dit: " Doté d'un caractère féroce, quand il était jeune, ce chien se conduisait comme un roi parmi les chiens des villages environnants et se livrait à sa guise à toutes sortes d'actes de férocité; maintenant, le voilà qui meurt ainsi d'une mort atroce à cause de son karma, et c'est un avertissement à l'égard des personnes qui abusent injustement de leurs pouvoirs. Comment donc pourrait-on, sous prétexte qu'il s'agit d'un chien, laisser passer un tel incident avec indifférence? " Puis, il poursuivit en disant: " Il en est de même pour ce qui est des êtres humains; il suffit d'observer la direction vers laquelle ils orientent leur attention pour savoir s'ils sont en train de s'élever dans la hiérarchie des six catégories d'existence, ou s'ils sont en train d'y subir une déchéance. Ceux qui sont en train de s'y élever possèdent la douceur et la bonté du caractère: ils évitent de nuire à autrui et vivent en bon accord avec les personnes avec lesquelles ils nouent des relations; ils cherchent toujours à s'abaisser et à élever les autres; ils aiment s'adonner à l'étude; ils croient tout particulièrement en la Vérité et s'adonnent généreusement à la pratique de l'ascèse; ils se réjouissent en voyant les autres réussir et, en tout domaine, ils encouragent les faibles. Par contre, ceux qui sont sur le chemin de la déchéance possèdent un caractère cruel et ne procurent aucun bienfait aux autres; ils sont souvent en conflit avec les personnes avec lesquelles ils nouent des relations; ils sont prétentieux et se montrent méprisants pour autrui; ils n'aiment point l'étude et, tout particulièrement, ne croyant pas à la rétribution des actes, ils ne s'adonnent pas à la pratique de l'ascèse; incapables de supporter le spectacle de la réussite des autres, dans quelque domaine que ce soit, ils cherchent à dénigrer toutes les personnes qui leur sont supérieures ".

 

25. Un jour, le Grand Maître Fondateur dit: " Si, parce qu'il commet des méfaits, quelqu'un est souvent l'objet de la critique des gens du monde, son avenir s'en trouve fort compromis. Ainsi, un certain personnage qui était devenu chef de l'administration dans une sous-préfecture et avait causé la ruine et la mort de plusieurs personnes en abusant cruellement de ses pouvoirs fut bientôt l'objet des injures des habitants des villages aussitôt qu'ils se trouvaient réunis. Il finit par devenir misérable de son vivant et révéla ainsi aux yeux de tout le monde ce que représente la punition des crimes, ce qui prouve que la parole des gens du monde est vraiment une chose redoutable ".

 

26. Le Grand Maître Fondateur expliqua un jour: " Parmi les nombreux crimes que les êtres commettent par manque de discernement, il en existe cinq qui sont particulièrement redoutables: le premier consiste dans le fait de se présenter devant les foules sans avoir connaissance des principes justes et de guider leur esprit sur une voie erronée; le second consiste dans le fait d'empêcher les foules de croire en la Loi du karma et, ainsi, de les détourner de l'accomplissement de bonnes actions. Le troisième comprend la jalousie et la diffamation à l'égard des personnes justes et bonnes; le quatrième consiste en l'association avec des bandes d'êtres pervers et l'aide apportée à de telles bandes d'êtres pervers. Le cinquième de ces crimes comprend le fait d'entraver la foi en la grande Voie et la Loi, ainsi que le fait de faire obstacle aux progrès de la communauté de la Loi juste. Les personnes qui continuent sans cesse à commettre ces cinq crimes ne réussiront jamais à se délivrer des trois mauvaises catégories d'existence ".

 

27. Le Grand Maître Fondateur dit: " Il existe au monde trois sortes de crimes redoutables: le premier est le fait de juger, en se basant sur les apparences, que quelqu'un a commis une faute et de l'en accuser à tort; le second est le fait d'envier l'amitié qui lie d'autres personnes entre elles et de semer la discorde entre ces personnes; le troisième réside dans le fait de mettre en oeuvre une sagesse perverse afin d'entraîner des personnes innocentes et naïves sur la voie de la perversité. L'homme qui a commis de nombreuses fois ces trois crimes sera puni en accord avec le principe de la rétribution des actes soit de cécité, soit de mutité, soit de démence ".

 

28. Le Grand Maître Fondateur raconta l'histoire suivante: " Autrefois, ayant de très nombreux disciples et obtenant de multiples offrandes, un certain maître de la secte zen menait une vie fort aisée; il avait pourtant planté quelques arbres fruitiers, qu'il cultivait de ses propres mains et dont il employait le revenu pour nourrir à part l'un de ses disciples. Ses autres disciples lui en ayant demandé la raison, le maître en question leur répondit: < Pour ce qui est de ce disciple, dans le passé il n'a jamais acquis le moindre des mérites et ce n'est point, non plus, un personnage qui, dans sa vie présente, soit capable de procurer le moindre profit à autrui; par conséquent, lui donner pour manger les céréales offertes par les fidèles pour obtenir le bonheur de la communauté n'aurait d'autre résultat que d'accroître considérablement sa dette. Le jour où il lui faudrait rembourser ce qu'on lui aurait donné à manger pendant toute sa vie, il devrait subir la souffrance endurée par les animaux au cours de plusieurs vies. C'est pour cette raison que, compte tenu des sentiments qui lient le maître à son disciple, je m'efforce de gagner pendant mes moments libres ce qui lui est indispensable pour vivre, de façon à réduire le poids de sa dette >. Une telle conduite de ce maître de zen représente un enseignement très important pour les personnes qui vivent en communauté. Vous, ne restez point indifférents en entendant raconter une telle histoire. Dans la mesure où vous travaillez intellectuellement ou physiquement, ou matériellement pour les autres, rien ne vous empêche de manger ce qui a été reçu en offrande de la part des membres de la communauté; cependant si, alors qu'il ne s'occupe que de son travail personnel, quelqu'un se nourrit des offrandes reçues de la communauté, il contracte une dette considérable, et il doit donc nécessairement s'attendre à connaître la peine et la souffrance pendant plusieurs vies. En général, les personnes qui se dévouent pour les autres n'aiment pas recevoir d'offrandes, alors que celles qui ne s'occupent que de leur travail personnel aiment en recevoir; par conséquent, en tout temps et en toutes circonstances, il vous faut redoubler d'attention et éviter de devenir des personnes qui contractent des dettes considérables à l'égard des membres de la communauté ".

 

29. Un jour, alors que Ch'oe Nae-sn faisait une offrande de nourriture pour la communauté, après avoir terminé son repas en compagnie des membres de la communauté, le Grand Maître Fondateur dit: " Même si diverses personnes ont acquis la même quantité de mérites, il arrive qu'il apparaisse des différences selon les personnes au moment d'en recevoir la rétribution: cette rétribution ne dépend pas seulement de la quantité matérielle des mérites, mais aussi de la profondeur de l'esprit et du coeur, et encore des capacités des personnes qui ont été l'objet de l'acte méritoire. Autrefois, dans la région de Ynggwang, une année, au moment de la mousson estivale, un paysan avait aidé trois fonctionnaires pour leur faire traverser une rivière et, grâce à cela, il était resté en relation avec les trois hommes; cependant, si le paysan s'était donné la même peine, le même jour et à la même heure pour aider les trois fonctionnaires à traverser la rivière, par la suite, quand il s'est agi de récompenser ses mérites, il est apparu des différences considérables en fonction des pouvoirs et des capacités de chacun d'entre eux. Bien qu'il s'agisse là seulement d'explications partielles concernant un fait réel, le principe reste généralement identique pour le passé, le présent et le futur en ce qui concerne l'acquisition des mérites et de la quantité du bonheur obtenu en qualité de rétribution ".

 

30. A une époque où le Grand Maître Fondateur résidait à Yngsan, un jeune homme qui menait une vie de débauche dans un village du voisinage prit de lui-même une résolution et, après s'être repenti de ses erreurs du passé, il devint disciple du Grand Maître Fondateur, auquel il fit serment de mener une vie digne d'un homme. Par la suite, le Grand Maître partit pour faire une tournée dans diverses régions, dont il ne revint que plusieurs mois plus tard. Pendant ce temps, étant retombé dans sa débauche et ayant dilapidé tous les biens de sa famille à cause de la boisson, des femmes et du jeu, honteux d'avoir manqué au serment qu'il avait prêté auparavant, le jeune homme en question chercha d'abord à éviter le Grand Maître; cependant, un jour, contre sa volonté il le rencontra par hasard sur la route et s'entendit tout simplement demander: " Pourquoi donc n'es-tu pas revenu me voir même une seule fois? " Le jeune homme répondit: " Je vous prie tout simplement de me pardonner ". Le Grand Maître lui demanda alors simplement: " De quoi donc éprouves-tu ainsi le besoin de me demander pardon? " Le jeune homme reprit: " Le serment que j'ai fait il y a quelque temps n'est plus désormais qu'un acte de tromperie envers vous; alors, comment pourrais-je faire autre chose que de vous demander pardon? Je vous en prie, ayez la bonté de me pardonner ". Le Grand Maître reprit: " Pendant ce temps, à cause de ton relâchement, tu as dilapidé les biens de ta famille et tu as connu des difficultés en toutes choses; par conséquent, il ne reste plus rien pour lequel tu aurais à demander pardon: si je devais être puni pour les fautes que tu as commises, tu devrais me demander pardon et tu aurais raison de m'éviter; mais, pour le bien comme pour le mal, c'est nécessairement toi-même qui assumes la rétribution de tes actes. Tu as beau t'imaginer m'avoir trompé; en réalité tu t'es trompé toi-même; par conséquent, à l'avenir, ne cherche plus à m'éviter et efforce-toi de contrôler ton esprit et ton coeur ".

 

31. Pendant l'un de ses séjours à Yngsan, un jour le Grand Maître Fondateur se rendit au jardin potager, en bordure duquel se trouvait un pot rempli à déborder d'engrais humain, dans lequel grouillaient des vers; il vit alors un rat qui venait manger des vers avant de s'en retourner. Des personnes qui étaient en train de sarcler dans le potager dirent au Grand Maître que ce rat venait ainsi de temps à autre pour manger cette vermine; il leur répondit: " En ce moment, ce rat mange les vers comme il veut; mais, dans quelques jours, il sera lui-même dévoré par ces mêmes vers ". N'ayant pas saisi parfaitement la signification de ces paroles, les disciples demandèrent alors: " Comment le karma peut-il agir si rapidement? " Quelques jours plus tard, en vérité, le rat se noyait dans le pot d'excréments et, pendant qu'il commençait à se putréfier, les vers se mirent à le dévorer. Le Grand Maître expliqua alors aux disciples: " Vous avez semblé trouver bizarre ce que je vous disais il y a quelques jours; en réalité, je n'ai fait qu'exprimer ce que je pensais en raison des circonstances. Ce jour-là, le pot étant rempli à déborder, le rat pouvait se déplacer à sa guise sur les excréments pour manger la vermine; cependant, les gens qui travaillent dans le potager ne pouvant faire autrement que de prendre une partie du contenu du pot en question pour le répandre sur la terre du potager, peu à peu l'intérieur du récipient devient plus profond, si bien que j'avais purement et simplement deviné que, se déplaçant sans prendre de précautions, le rat ne pouvait que finir par s'y noyer et devenir la proie de cette vermine ... Il en va de même de la rétribution des actes dans le cas de l'être humain, rétribution qui survient soit pendant une vie postérieure, soit pendant la vie présente, en accord avec les caractéristiques des actes concernés ".

 

32. Kim Sam-mae-hwa était un jour en train de découper de la viande dans le réfectoire; en voyant faire ce travail, le Grand Maître Fondateur lui demanda: " Est-ce que tu as déjà vu l'enfer Tosan? " Sam-mae-hwa répondit: " Non, je ne l'ai pas vu ". Alors, le Grand Maître dit: " La viande posée sur le découpoir se trouve dans l'enfer Tosan; quand l'animal est mort, il a été frappé à coups de hache et à coups de couteau pour être découpé en d'innombrables tranches de viande. Ensuite, de nombreuses personnes achètent cette viande, qui est encore découpée en d'innombrables morceaux dans toutes les maisons par une multitude de couteaux. Comment pourrait-on n'en point éprouver de frayeur? "

 

33. Le Grand Maître Fondateur dit: " Dans le passé, il est arrivé que des hommes à l'esprit mensonger et pervers soient nombreux à jouir du bonheur; à l'avenir, pour de tels êtres humains il deviendra difficile de vivre en jouissant du bonheur: les hommes subiront en leur temps la rétribution de presque tous les actes bons ou mauvais qu'ils auront commis au cours de leur vie, et rares seront les actes dont la rétribution sera différée à une vie postérieure. Par conséquent, plus le monde deviendra clair, pour l'homme qui possédera un esprit sincère et bon, toutes les choses deviendront vraies et bonnes et, devant lui, l'avenir sera rempli d'espoir. Par contre, pour l'homme qui possédera un esprit mensonger et pervers, toutes les choses deviendront mensongères et perverses et, devant lui, l'avenir apparaîtra obscur et dépourvu de la moindre lueur d'espoir ".

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