Dharmas > Sûtra fondamental

8. L'état de Bouddha

 

1. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " Tout comme il existe en ce monde de nombreuses montagnes plus ou moins grandes, dont les plus grandes, les plus profondes et les plus boisées abritent une multitude d'animaux, tout comme il coule partout des cours d'eau plus ou moins grands, parmi lesquels la mer, qui est la plus vaste et la plus profonde étendue d'eau, abrite une multitude de poissons, nombreux sont les hommes qui prétendent tous diriger le monde; cependant, il n'y a que les plus vertueux et les plus miséricordieux qui puissent permettre à la multitude des êtres humains de trouver un refuge pour leur corps et leur esprit, et de mener tous ensemble une vie à la fois confortable et paisible ".

 

2. Le Grand Maître Fondateur dit: " La grande miséricorde du Bouddha contient davantage de chaleur et de clarté que n'en contient le soleil; par conséquent, là où s'étend cette miséricorde, l'esprit déraisonnable des êtres fond pour se changer en esprit de sagesse, l'esprit de cruauté fond pour se changer en esprit de miséricorde, l'esprit d'avarice et de cupidité fond pour se changer en esprit de bienfaisance, l'esprit discriminatoire des quatre sortes d'attachement fond pour se changer en esprit de plénitude et de perfection, si bien qu'il serait difficile de trouver une chose à laquelle on puisse comparer la puissance et la lumière de cette miséricorde ".

 

3. Le Grand Maître Fondateur dit: "Ce que l'on désigne sous l'appellation de grande miséricorde, c'est l'attitude qui fait que, tout comme les parents sont profondément heureux et aiment leurs enfants encore davantage lorsque, grâce à leur bonne santé et leur honnêteté, ces innocents enfants ne leur causent point de soucis et lorsqu'ils se montrent dociles dans leur langage et leur conduite, le Bouddha, lui aussi, éprouve une grande joie, un amour profond et s'efforce encore plus de guider vers la bonne voie les êtres qui lui apparaissent dociles de caractère, dévoués à la nation, respectueux envers leurs parents, aimables envers leurs frères et soeurs, respectueux à l'égard de leurs maîtres, les êtres qui vivent en harmonie avec leurs voisins, qui vont porter secours aux miséreux et aux malades, qui pratiquent la grande Voie et obtiennent la sagesse et qui, sachant mettre la Vérité en pratique sans le moindre attachement personnel, acquièrent des mérites non entachés par les passions. Ce que l'on désigne sous l'appellation de grande compassion, c'est l'attitude qui fait que, tout comme les parents éprouvent de la pitié et de la compassion pour leurs enfants et cherchent davantage à les protéger et à les guider lorsqu'ils voient ces enfants qui n'ont pas encore l'âge de raison se blesser les yeux de leur propre main et se faire mal, lorsqu'ils les voient pleurer et se débattre pour s'être blessés eux-mêmes avec un couteau, sans en connaître la raison, le Bouddha, lui aussi, éprouve une profonde tristesse et une profonde pitié, et mobilise tous les moyens possibles pour délivrer les êtres lorsqu'il les voit se torturer l'esprit, ruiner leur propre corps parce qu'ils sont entraînés par la cupidité, la jalousie et la stupidité, lorsqu'il les voit éprouver du ressentiment envers le ciel, la terre, les esprits bienfaisants, leurs semblables et les lois, alors qu'ils subissent la rétribution de leurs propres actes pour avoir eux-mêmes commis des crimes leur méritant de tomber dans les trois mauvaises catégories d'existence. C'est cela qui est la grande miséricorde et la grande compassion du Bouddha. Cependant, si les êtres ignorent de tels bienfaits tout en vivant dans la grande miséricorde et la grande compassion du Bouddha, le Bouddha, lui, n'en éprouve pas l'ombre d'une hésitation et il se dévoue uniquement et entièrement à l'oeuvre de la délivrance des êtres pendant des milliers et des dizaines de milliers de kalpas; c'est pourquoi, on désigne le Bouddha comme le Grand Maître de l'univers tout entier et de tous les êtres, et comme le père miséricordieux de tous ces êtres, indépendamment de leur mode de naissance ".

 

4. Le Grand Maître Fondateur dit: " Aussi bien en mouvement qu'à l'arrêt, dans la position assise que dans la position couchée, aussi bien en parlant qu'en gardant le silence, aussi bien dans l'action que dans l'inaction, possédant la Voie leur permettant d'agir en toute liberté sans rencontrer le moindre obstacle, les Bouddhas et les Bodhisattvas peuvent rester inactifs à volonté, être actifs à volonté, devenir plus grands à volonté, devenir plus petits à volonté, devenir lumineux à volonté, devenir obscurs à volonté, vivre et mourir à volonté, si bien qu'en ce qui concerne la Loi, ils ne sont absolument pas soumis aux contraintes des choses ou des espaces ".

5. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " Dans le cas d'une personne qui sait très bien faire la cuisine ou qui sait très bien confectionner les habits, il suffit qu'elle dispose des matériaux nécessaires pour préparer des mets ou pour confectionner des vêtements, ainsi que pour les réparer quand ils ont été mal faits. De la même façon, le grand ascète qui a parfaitement compris toutes les lois peut faire ce qu'il désire de la multitude des lois pour en élaborer de nouvelles ou encore pour procéder à l'amendement des lois existantes; par contre, l'ascète qui n'est pas parvenu à un tel niveau, lui, se contente d'appliquer les lois existantes ou de les transmettre à autrui, sans être en mesure de procéder à l'élaboration de nouvelles lois ou à l'amendement des lois existantes ". Alors, l'un des disciples demanda: " A quel niveau de pratique faut-il être parvenu pour obtenir une telle capacité? " Le Grand Maître lui répondit: " Il faut être un ascète parvenu au moins au niveau de pratique de ceux qui se transcendent; pour ce qui est de tels ascètes, tout mouvement de leurs six organes sensoriels se déroule en accord avec la Loi, si bien que ces ascètes sont des modèles pour toutes les générations ".

 

6. Le Grand Maître Fondateur demanda à Song Pyg-jo: " Explique ce qu'est la voie du juste milieu pour le bon usage de la nature originelle ". Il répondit: " Selon l'enseignement de Confucius, on affirme que la voie du bon usage de la nature originelle consiste en la soumission à la voie et aux lois de la nature ". Le Grand Maître dit alors: " La soumission pure et simple aux lois de l'univers et de la nature correspond à l'état du Bodhisattva; il faut savoir faire bon usage de ces lois de l'univers et de la nature pour parvenir à l'état du Bouddha. Pour prendre une comparaison, cela équivaut au cas du cavalier possédant une technique parfaite, qui peut se servir aussi bien des chevaux rétifs que des chevaux dociles. Par conséquent, les êtres ordinaires se laissent entraîner par la transmigration des six catégories d'existence et les douze stades de la production conditionnée, alors que les Bouddhas dépassent les mouvements de l'univers et de la nature, se déplaçant en toute liberté aussi bien dans l'espace que sur la surface de la terre ".

 

7. Un des disciples demanda un jour: " Il semble que le grand moine Chin-muk, lui aussi, soit tombé dans la débauche; est-ce vrai? " Le Grand Maître Fondateur répondit: " D'après ce que j'ai entendu raconter, le grand maître Chin-muk aurait aimé l'alcool; cependant, un jour, croyant boire une écuelle d'alcool, il aurait avalé une écuelle de sel fondu sans qu'il se passe quoi que ce soit; de même, un jour qu'il se trouvait sous un plaqueminier, une femme se serait approchée de lui avec des intentions perverses et aurait invité le moine à s'adonner au plaisir en sa compagnie; au moment où le moine s'apprêtait à accepter l'invitation de la visiteuse, une plaquemine bien mûre serait tombée de l'arbre et, le moine étant allé ramasser le fruit, la femme se serait sentie honteuse et se serait retirée d'elle-même. Comment donc prétendre que ce moine était attiré par l'alcool et la débauche? Ce remarquable personnage n'était ni plus ni moins que le Tathâgata ( le Bouddha ), pour lequel l'alcool n'était point de l'alcool et la débauche n'avait rien de la débauche ".

 

8. Le Grand Maître Fondateur dit: " Ayant l'esprit préoccupé et se laissant entraîner par des sentiments de joie, de colère, de tristesse et de bonheur, les êtres en général sont souvent à l'origine de dommages pour eux-mêmes et pour les autres; dépassant ces sentiments de joie, de colère, de tristesse et de bonheur, qui n'ont point de prise sur leur esprit, les Bodhisattvas ne sont pas à l'origine de dommages, ni pour eux-mêmes, ni pour les autres; se servant des sentiments de joie, de colère, de tristesse et de bonheur comme de domestiques, les Bouddhas, eux, sont à l'origine de nombreux profits à la fois pour eux-mêmes et pour les autres ".

 

9. Le Grand Maître Fondateur dit: " Si un ascète atteint ne serait-ce que le niveau de pratique de ceux qui vainquent toujours le Malin, les êtres célestes et les asuras le savent les premiers et vénèrent les ascètes concernés. Cependant, le jour où ces ascètes décident de disparaître sans laisser de traces, à moins d'être soi-même un ascète de rang supérieur, personne ne peut retrouver leurs traces ".

 

10. Le Grand Maître Fondateur dit: " Lorsque l'étude et la pratique atteignent le stade suprême, la personne concernée parvient à la possession de trois pouvoirs mystérieux: le premier est le pouvoir mystérieux de la connaissance de la Vérité de l'univers, selon lequel, sans même voir, entendre ou penser, l'on connaît parfaitement les changements et les transformations de toutes les choses de l'univers, ainsi que la rétribution des actes de l'humanité pour le passé, le présent et l'avenir; le second est le pouvoir mystérieux de la connaissance de la Voie, selon lequel l'on connaît les principes du tout et des parties de l'univers ( taeso yumu ), ainsi que ce qui est juste ou injuste, profitable ou dommageable ( sibi ihae ) dans le cas de l'humanité; le troisième est le pouvoir mystérieux de la connaissance de la Loi, selon lequel, à force de voir le tout et les parties ( taeso yumu ) de l'univers, ainsi que de révéler ce qui est juste ou injuste, profitable ou dommageable ( sibi ihae ) dans le cas de l'humanité, l'on est en mesure d'élaborer la Loi susceptible de servir de miroir et de modèle pour les êtres de tous les temps et de toutes les générations. Parmi ces trois pouvoirs, celui de la connaissance de la Loi est le seul que l'on ne puisse obtenir à moins d'être parvenu au niveau de l'Illumination suprême ".

 

11. Le Grand Maître Fondateur dit: " Si importantes que soient les richesses d'une famille, il n'est point de richesses qui soient aussi importantes que celles d'une famille additionnées aux richesses du ciel; si grand que soit un homme, il n'existe aucun homme qui soit aussi grand qu'un homme réuni avec le vigueur du ciel ".

 

12. Le Grand Maître Fondateur dit: " L'homme qui saisit la Vérité de l'univers et l'utilise après en avoir enveloppé les mouvements des six organes sensoriels de l'être humain est un être céleste; il est un saint, et il est un Bouddha ".

 

13. Le Grand Maître Fondateur dit: " Bien qu'il y ait un principe éternel et une grande puissance dans le ciel et la terre, si l'homme n'en découvre et n'en utilise point la Voie, le ciel et la terre ne sont plus qu'une enveloppe vide; cependant, du fait que les êtres humains en découvrent la Voie et l'utilisent chacun comme outil, l'homme devient le maître du ciel et de la terre, le roi de toutes les choses de l'univers. Même si l'homme ne fait pas tout le travail dont doivent s'acquitter le ciel et la terre et si le ciel et la terre n'accomplissent pas tout le travail de l'humanité, le ciel et la terre étant utilisés par l'homme dans les faits et les principes, les Bouddhas et les Bodhisattvas, qui ont compris parfaitement le tout et les parties ( taeso ), l'être et le non être ( yumu ) de l'univers, et ainsi saisissent et utilisent à volonté la Voie du ciel, exercent le grand pouvoir dans tous les mondes ( le monde du désir, le monde de la matière et le monde immatériel ). Par conséquent, à l'avenir, il sera accordé une plus grande importance au pouvoir de l'homme qu'au pouvoir du ciel, et les grandes capacités des Bouddhas et des Bodhisattvas seront objet de la vénération de tous les êtres humains ".

 

14. Le Grand Maître Fondateur dit: " Les capacités des êtres ordinaires sont très limitées: toute nouveauté et toute nouvelle connaissance risquent de dépasser ces capacités ou de faire chanceler dangereusement leur esprit; par contre, dans le cas des Bouddhas et des Bodhisattvas, leurs capacités étant illimitées, les nouveautés et les nouvelles connaissances n'ajoutent rien à leur esprit, dont le niveau reste identique que ces connaissances viennent s'ajouter ou soient retranchées, si bien que personne ne saurait deviner l'existence ou l'absence des richesses qu'ils possèdent; c'est pourquoi les Bouddhas et les Bodhisattvas préservent parfaitement leurs richesses et conservent paisiblement leur vie ".

 

15. Un jour, s'adressant aux membres de la communauté réunis au centre de formation, le Grand Maître Fondateur dit: " Les êtres humains ordinaires étant attachés uniquement aux plaisirs humains, leur plaisir est éphémère; par contre, étant donné qu'ils s'ouvrent aux joies célestes dépourvues de formes, les Bouddhas et les Bodhisattvas peuvent en même temps obtenir aussi le plaisir humain. Ce que l'on exprime sous l'appellation de joies célestes désigne les joies de l'esprit, celles que l'on goûte grâce à la Voie; ce que l'on exprime sous l'appellation de plaisirs humains désigne les plaisirs des cinq désirs du monde, plaisirs possédant des formes matérielles. Pour prendre une expression facile à comprendre, le fait d'obtenir des satisfactions grâce à sa famille, à ses richesses, à sa situation, à n'importe quelle chose dotée de formes, ou encore grâce à l'environnement, appartient au domaine des plaisirs humains. Autrefois, le fait que le Prince Siddhârtha fût appelé à accéder un jour au trône royal, et qu'il fût déjà au-dessus de tout un peuple, d'un rang envié de tous et en mesure de faire tout ce qui lui plaisait, selon sa propre volonté, appartenait au domaine des plaisirs humains; par contre, le fait qu'après avoir réalisé l'Illumination suprême, dépassant toutes les choses dotées de formes et l'environnement, il fût délivré de la naissance et de la mort, de la souffrance et du plaisir, du karma résultant des bonnes et des mauvaises actions, et qu'il connût la paix de l'esprit en toutes circonstances appartenait au domaine des joies célestes. La parole de Confucius, qui disait autrefois: < Même si j'en suis réduit à manger des légumes, boire de l'eau et me servir de mes bras en guise d'oreiller, il y a là de la joie; les richesses et les honneurs qui ne sont point justice sont pour moi des nuages éphémères >, est la parole d'un être céleste qui, tout en possédant un corps matériel, accueille les joies célestes. Cependant, les plaisirs humains ont une fin, ce qui est venu finit par s'en aller, ce qui est prospère finit par arriver au déclin, ce qui est né finit par mourir, telle est la voie commune de la loi naturelle. Même si quelqu'un possède la plus grande fortune, les plus grands honneurs et la plus grande renommée du monde, il ne possède pas la force susceptible de résister devant la vieillesse, la maladie et la mort, si bien que, lorsque son corps mourra, la famille, les biens et la situation pour lesquels il se sera donné tant de peines et aura éprouvé tant de convoitise se disperseront comme des nuages éphémères. Par contre, étant depuis l'origine connues et goûtées par l'esprit immatériel, les joies célestes resteront inchangées même si le corps change. Pour prendre une comparaison, c'est comme le cas de l'homme qui possédait des talents lorsqu'il vivait dans une maison et qui conserve ces talents tels quels même lorsqu'il déménage pour aller habiter dans une autre maison ".

16. Le Grand Maître Fondateur poursuivit: " C'est pourquoi, dans les paroles des sages d'autrefois, il est dit: " Trois jours de pratique spirituelle représentent un trésor pour mille ans; l'objet matériel convoité pendant cent ans n'est qu'une poussière qui ne dure que l'espace d'un matin. " Ignorant de tels principes, les êtres ordinaires considèrent uniquement leur corps comme précieux et ne se préoccupent nullement de leur esprit; par contre, bien au courant de tels principes, les personnes qui s'adonnent à l'ascèse oublient leur corps pour se préoccuper de leur esprit. Vous, évitez donc de vous attacher à toutes les choses dotées de formes ( yu ), qui sont totalement éphémères, et efforcez-vous de rechercher les joies célestes, qui sont éternelles. Si les êtres humains savent apprécier les joies célestes pendant très très longtemps, ils finissent par obtenir la liberté du corps et de l'esprit, si bien qu'ils sont en mesure de se procurer la puissance des trois mondes, de dépasser l'être et le non être ( yumu ) de toutes les choses ainsi que la transmigration des six catégories de l'existence, qu'il leur est possible de ne point renaître, de parcourir l'univers des dix directions grâce à la force merveilleuse de leur esprit. Ils peuvent encore entrer dans le monde des animaux et des insectes et en sortir selon leur volonté, sans être soumis le moins du monde aux servitudes de la naissance et de la mort ou des déplacements dans l'espace. De plus, même s'ils reçoivent un corps matériel dans quelque monde que ce soit, ils n'en sont nullement entachés, et ils jouissent de la joie pour toujours. Cela représente le bonheur parfait. Cependant, la raison pour laquelle les êtres humains ne goûtent pas les joies célestes pendant longtemps réside dans le fait qu'ils éprouvent de la convoitise à l'égard des plaisirs dotés de formes et s'en retournent aux biens matériels; par conséquent, même pour ceux qui goûtent les joies célestes, s'ils n'accomplissent pas d'actes dignes de recevoir ces joies célestes et éprouvent la convoitise suceptible de leur attirer uniquement le plaisir, ils aboutissent bientôt à la déchéance, se voient privés de la liberté du corps et de l'esprit, si bien qu'ils se voient entraînés dans le cycle de la nature et ne peuvent éviter de retomber dans la transmigration des six catégories de l'existence ".

 

17. Tout en discutant avec le Grand Maître Fondateur de divers sujets, un visiteur dit un jour d'un air presque d'envie: " La ligne de chemin de fer à voie étroite qui relie les villes de Chnju et Iri a été construite à l'origine grâce à des investissements en actions effectués par plusieurs riches personnages de toute la province du Chlla, qui peuvent utiliser cette ligne de chemin de fer sans payer ". Le Grand Maître Fondateur lui répondit: " Vous, vous êtes vraiment pauvre! Vous n'avez pas encore pu vous approprier cette ligne de chemin de fer? " Etonné, le visiteur lui répondit: " Pour se procurer une telle ligne de chemin de fer, il faudrait des sommes considérables; comment serait-ce possible dans le cas d'une personne comme moi, qui est dépourvue de toute propriété? " Le Grand Maître reprit alors: " C'est pourquoi j'ai dit que vous êtes pauvre; et, même si vous étiez possesseur d'une ligne de chemin de fer à voie étroite, je ne dirais point que vous êtes riche. Ecoutez-moi donc maintenant parler de mes moyens de vivre. Il y a déjà longtemps que je me suis approprié non seulement la ligne de chemin de fer à voie étroite reliant Chnju à Iri, mais encore tous les trains de la Corée toute entière et même tous les trains du monde entier. Vous ne le savez pas encore? " De plus en plus stupéfait, l'interlocuteur déclara: " Ce que vous me dites représente en vérité un enseignement qui dépasse mes capacités de compréhension, et le manque de compréhension de votre serviteur l'empêche d'en comprendre la signification ". Le Grand Maître expliqua alors: " Si quelqu'un désirait se rendre propriétaire d'un train, il devrait débourser en une seule fois des sommes considérables; de plus, il devrait assumer directement toutes les responsabilités concernant sa gestion, ce qui lui vaudrait d'innombrables soucis. Cependant, ma façon de posséder les choses est différente: il ne m'est point nécessaire de débourser des sommes considérables en une seule fois, ni de prendre directement sur moi toutes les responsabilités de la gestion; il me suffit, quand je vais quelque part, de verser chaque fois un certain tarif pour utiliser le train comme je le désire. Ne trouvez-vous pas trop insignifiants le salaire et tous les frais de tous les employés qui conduisent notre train jour et nuit sans le moindre repos, qui réparent nos lignes de chemin de fer et qui se chargent des questions administratives les concernant? De même, il y a quelque temps, je suis allé à Séoul et je suis monté au Parc de Hanyang où, en me promenant, j'ai pu respirer l'air pur autant que je voulais et profiter avec tout le monde du charme de l'environnement, sans que personne ne vienne nous en chasser ou nous demander de ne plus y revenir. Il suffit de posséder un pavillon de quelques mètres carrés dans quelque station estivale pour que cela entraîne des frais non négligeables chaque année; nous n'en pouvons pas moins utiliser ce magnifique parc comme notre propre propriété, même sans dépenser le moindre argent. Si les gens de ce monde cherchent à s'approprier quelque chose, leur intention profonde est d'en profiter pour leur confort; alors, puisque nous utilisons ainsi à volonté aussi bien les parcs que les trains, comment pourrions-nous en profiter davantage, même si nous en étions propriétaires? C'est pourquoi j'ai dit que ces choses m'appartiennent; de plus, je m'approprie toutes les choses de ce monde et jusqu'à la terre qui en est le support: si nous les utilisons le cas échéant, pourvu que nous le fassions dans le respect des règles établies, personne ne nous en empêche. Combien considérables sont donc nos moyens de vivre? Cependant, ayant l'esprit étroit, les gens ordinaires de ce monde vivent uniquement pour mettre devant eux toutes les choses et s'empressent ainsi de se créer sans raison de multiples occupations, de multiples soucis et de lourdes responsabilités. La raison en est qu'ils sont incapables de découvrir les immenses richesses et moyens de vivre dont dispose leur propre famille ".

 

18. Après la cérémonie de clôture du stage de formation de la saison hivernale, alors qu'en compagnie de quelques-uns de ses disciples, le Grand Maître Fondateur se rendait à pied au temple bouddhique de Pongs, au cours du trajet l'un des disciples commença à se lamenter en disant: " N'est-il pas déplorable que, n'ayant pas d'argent, nous ne puissions faire autrement que de conduire le Grand Maître à pied lors de ses déplacements? " En entendant ces lamentations, le Grand Maître dit: " Si, né en ce monde, l'homme sait faire un bon usage de ses six organes sensoriels, il se produit une transformation de toutes les choses et, dans ce processus, l'homme gagne de l'argent; par conséquent, le corps et l'esprit de chaque homme sont des organismes qui gagnent de l'argent. Selon l'usage que l'on en fait, toutes les choses de ce monde peuvent devenir de l'argent; comment donc pourrait-on prétendre être dépourvu d'argent? Cependant, pour les personnes qui s'adonnent à l'ascèse, comme nous le faisons, le fait de conduire sa vie sans se laisser entraîner par l'argent, en gardant la paix et la tranquillité de l'esprit aussi bien dans l'aisance que dans le dénuement, fait partie du devoir; et ceux qui le font sont des gens qui vivent dans la véritable opulence ".

 

19. Un disciple dit un jour: " Puisqu'il est en ce moment organisé une grande foire-exposition à Séoul, que penseriez-vous d'aller la visiter? " Le Grand Maître Fondateur répondit: " Une foire-exposition procède à une comparaison entre le passé et le présent, de façon à montrer les progrès réalisés dans les domaines des lettres, de l'agriculture, de l'artisanat et du commerce. De plus, en permettant de procéder à des échanges de connaissances, une telle manifestation contribue au progrès de la mentalité du peuple et, si l'on réfléchit vraiment à sa signification, on peut évidemment en retirer beaucoup de profits; cependant, aujourd'hui, je vais te parler d'une exposition vraiment importante; écoute donc un peu ce que je vais te dire. Cette exposition est immense, l'espace tout entier en est le site et il n'est aucune des choses de l'univers qui n'y soit exposée; la durée d'exposition en atteint des centaines de millions d'années, sans le moindre changement. En comparaison, cette foire-exposition de Séoul dont tu parles n'est qu'une manifestation ridiculement minuscule: on a beau prétendre y rassembler et y exposer tous les produits possibles et imaginables, on n'y transportera jamais le Mont Paesan ou le Lac Hwangdng que l'on aperçoit d'ici; on ne saurait y présenter les Monts de Diamant, dont la célébrité est mondiale. De même, on a beau prétendre avoir rassemblé de multiples antiquités dans les musées, on ne saurait y exposer la terre, la plus ancienne des antiquités, avec ses montagnes et ses fleuves; on prétend avoir rassemblé un certain nombre d'espèces de poissons dans les aquariums et un certain nombre d'espèces de riz dans les salles d'exposition des céréales, mais cela ne représente qu'une infime partie des innombrables espèces ichtyologiques des cinq océans et qu'un grain de sable dans l'immense quantité du riz des six continents. Etant donné que, pour chaque chose exposée, la proportion doit être analogue, quand on pense avec une grande sagesse et une vision générale à ces manifestations organisées par l'homme, comment pourrait-on n'en pas comprendre l'étroitesse et le caractère artificiel? Par conséquent, si quelqu'un sait découvrir cette grande exposition dont je te parle et regarde toujours cette exposition éternelle comme lieu de pratique, il en retirera toujours des profits sans fin: il lui suffira de regarder et d'écouter pour recevoir. C'est pourquoi, depuis l'origine des temps jusqu'à aujourd'hui, en regardant cette éternelle exposition, tous les Bouddhas et tous les sages ont pris pour modèle le tout et les parties ( taeso ), l'être et le non être ( yumu ) qui s'y trouvent exposés et y ont découvert ce qui est juste ou injuste ( sibi ), ce qui est profitable ou dommageable ( ihae ) pour l'humanité, sans jamais éprouver la moindre gêne ou la moindre insuffisance ".

 

20. Un jour, alors que le Grand Maître Fondateur faisait une promenade dans les environs de la ville, dans le village de Namjungni, en compagnie de Cho Song-gwang et de Chn Um-gwang, en voyant quelques magnifiques sapins sur le bord du chemin, Song-gwang s'écria: " O ces sapins, comme ils sont beaux! Comme ce serait bien si nous pouvions les déplacer auprès de notre temple! " En entendant cette exclamation, le Grand Maître dit: " Comment se fait-il que tu sois resté incapable de dépasser tes pensées étroites et ton petit monde? Le temple n'est point séparé de ces vieux sapins et ces vieux sapins ne sont point séparés du temple: ces vieux sapins et le temple sont tous à l'intérieur de notre clôture; pourquoi donc veux-tu absolument déplacer ces arbres? La raison en est que, n'étant pas encore parvenu à dépasser les discriminations et les intervalles, tu n'as pas encore réussi à découvrir la grande famille de l'univers ". Song-gwang demanda alors: " Quel genre d'endroit est donc la grande famille de l'univers? " Le Grand Maître lui répondit: " Etant donné que tu ne comprends pas maintenant, même en voyant, je vais t'en montrer la forme de façon imagée ". Puis, ce disant, il dessina un cercle sur le sol en expliquant: " Ceci est la grande famille de l'univers et, dedans, sont contenus tous les principes infinis, tous les trésors infinis et toutes les merveilles de la nature, sans la moindre exception ". Alors, Um-gwang demanda à son tour: " Comment peut-on entrer dans cette maison et en devenir le maître? " Le Grand Maître lui répondit: " Pour y pénétrer, il faut obtenir les clés des trois grandes forces; et ces clés sont formées des quatre attitudes à développer: la foi, le zèle, le désir de savoir et la sincérité ".

21. Un pasteur protestant étant venu lui rendre visite, le Grand Maître Fondateur lui demanda: " Quelle est la signification de votre visite chez moi? " Le pasteur lui répondit: " Je suis venu en espérant obtenir de vous un enseignement qui me sera profitable ". Le Grand Maître lui demanda alors: " Avez-vous donc réussi à sortir des limites de la religion chrétienne pour observer le vaste monde? " Le pasteur demanda: " Quel endroit est ce vaste monde dont vous parlez? " Alors, le Grand Maître Fondateur lui expliqua: " Il se trouve à l'endroit que l'on observe d'un vaste regard après avoir déplacé une fois son esprit. Celui qui est incapable de procéder à une vaste observation ne cesse de s'obstiner uniquement à ce qu'il fait et s'accoutume uniquement aux habitudes de sa maison et, du fait qu'il critique toute autre chose et condamne les coutumes et habitudes de toutes les autres maisons, il est incapable de dépasser les limites et les vieilles habitudes de sa propre vie, si bien qu'il finit par tomber dans la partialité et un entêtement qui l'isolent irrémédiablement. Toutes les discordes et toutes les querelles qui opposent les nations, les religions ou les individus trouvent leur origine dans une telle attitude. Comment peut-on se permettre de séparer une grande fortune, parfaite depuis l'origine? Et comment peut-on se permettre de diviser en mille morceaux une Loi infinie depuis l'origine? Il nous faut sans plus tarder supprimer ces séparations, unir toutes les fortunes et mener une nouvelle vie, active et parfaite; ce jour-là, en ce monde il ne restera plus rien à rejeter ".

 

22. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " Si nous savons utiliser toutes les choses qui exitent en ce monde, les choses de qualité supérieure à leur façon et les choses de qualité inférieure aussi à leur façon, toutes les choses de l'univers sont autant de choses à notre service, et toutes les lois de ce monde sont autant d'organes destinés à notre protection. Pour prendre un exemple à ce sujet, si, parmi la multitude des objets exposés sur le marché, il y a toute une gamme de produits d'excellente qualité et de produits de qualité inférieure, nous ne choisissons pas seulement les produits de qualité supérieure pour rejeter tous les produits de moindre qualité: si remarquables que soient certains produits, il y a des cas où il nous est tout de même impossible de les utiliser, et il existe des cas où, au contraire, il convient d'utiliser certains produits bien qu'ils soient de qualité inférieure. Si l'or et les pierres précieuses sont considérés comme des trésors de grande valeur, quand il s'agit de remédier immédiatement à la faim, ils ne valent même pas un simple bol de riz. Si caustique que soit la lessive de soude, elle n'en est pas moins indispensable pour faire la lessive. Ainsi toutes les choses possèdent des caractéristiques et des usages qui leur sont propres et si, incapable de le comprendre, quelqu'un ne voit qu'un côté de ces choses et s'imagine qu'en dehors de ce qu'il désire et cherche tous les produits présentés sur le marché sont inutiles, combien partiale et combien stupide est son opinion! " En écoutant ces explications, le pasteur protestant fut profondément impressionné et s'écria: " Maître, vous possédez vraiment une compréhension et une largeur d'esprit sans limites! "

 

23. Le Grand Maître Fondateur déclara un jour: " Dans la pensée des Bouddhas et des Bodhisattvas, ce monde est à la fois un lieu de repos tranquille où ils vivent en paix avant de le quitter, un lieu de travail où ils travaillent avant d'entrer en nirvâna, et aussi un lieu de divertissement dans lequel ils se divertissent dans le calme et la tranquillité en toute liberté pendant qu'ils y séjournent ".

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