Dharmas > Sûtra fondamental

12. Expression de la Vérité

 

1. Un jour, alors que le Grand Maître Fondateur se rendait par bateau de Pbsng au centre de formation de Pongnae, à Puan, au cours du trajet, il se leva une tempête absolument imprévue, et le bateau s'en trouva violemment secoué, si bien que les marins et les passagers n'avaient plus leurs esprits, au point que certains d'entre eux pleuraient, pendant que d'autres vomissaient ou perdaient même connaissance, ce qui fut à l'origine d'une grande confusion sur le bateau; alors, avec le calme le plus parfait, le Grand Maître dit: “ Si, même dans le danger de mort le plus imminent, l'homme sait garder ses esprits, se repentir de ses fautes passées et faire serment de se consacrer à des actes méritoires à l'avenir, il se peut qu'obtenant la force du ciel il voie s'ouvrir devant lui une voie susceptible de lui permettre de vivre. Reprenez donc vos esprits! " Alors, ayant confiance en sa vertu, tous les membres de l'équipage et tous les passagers réussirent péniblement à retrouver la tranquillité de leur esprit. Un peu plus tard, le vent se calmait, les vagues s'apaisaient; alors, devant l'attitude intrépide et l'aspect débordant de miséricorde du Grand Maître, tous les membres de l'équipage et tous les passagers ne purent s'empêcher d'éprouver une profonde vénération à son égard ".

 

2. Un jour, alors que le Grand Maître Fondateur se trouvait au temple bouddhique de Silsang, après avoir vertement et à plusieurs reprises admonesté un jeune moine qui refusait d'obéir à leurs injonctions de se mettre à la pratique de la méditation assise, deux vieux moines de ce temple dirent au Grand Maître: " Un être comme celui-ci ne saurait obtenir la délivrance, même si, en cet instant, il apparaissait un millier de Bouddhas en ce monde; il s'agit donc d'un être abandonné dans ce monde ". Le Grand Maître se mit à sourire et leur répondit: " Mes Révérends, si vous avez des pensées destinées au bien de ce jeune moine, ce n'en est pas moins vous qui l'empêchez pour toujours de pratiquer la méditation assise ". Alors, l'un des deux vieux moines lui demanda: " Comment pouvez-vous prétendre que nous empêchons ce moine de pratiquer la méditation assise? " Le Grand Maître lui répondit: " Forcer quelqu'un à faire une chose qu'il ne désire pas faire a pour résultat de lui faire détester cette chose pour toujours. Si, maintenant, je disais à ce moine que les rochers de cette montagne contiennent de l'or et lui ordonnais sans conditions de briser ces rochers pour en retirer l'or, croyez-vous qu'il me ferait confiance et se mettrait immédiatement au travail? " Le vieux moine réfléchit un long moment et répondit: " Il ne vous croirait pas et refuserait de s'exécuter immédiatement ". Alors, le Grand Maître reprit: " Si, alors que le jeune moine ne parvient pas à obtenir la certitude, je l'oblige à s'exécuter, que fera-t-il? Sans aucun doute, il finira par considérer mes paroles comme encore plus dépourvues de fondement. Par conséquent, puisque ce moine n'éprouve encore aucun intérêt pour la méditation assise et n'a pris aucune résolution à ce sujet, le fait de le forcer contre sa propre volonté à la pratiquer a pour résultat de le persuader que cette méditation est dépourvue de fondement. Si tel est le cas, ne risque-t-il pas de refuser pour toujours de la pratiquer? Il ne s'agit donc pas là d'une méthode efficace pour la délivrance de l'homme ". L'un des vieux moines demanda: " Quelle est donc la méthode efficace pour la délivrance de l'homme? " Le Grand Maître répondit pour finir: " Si, persuadé que ces rochers contiennent de l'or, je procède moi-même à l'extraction de cet or et me mets à l'utiliser, à le faire briller devant leurs yeux, les gens chercheront à savoir comment je suis devenu riche. Si, compte tenu du degré de curiosité de chacun, je donne des explications, combien les gens me seront-ils reconnaissants et désireront-ils procéder eux-mêmes à l'extraction de cet or? Je pense que c'est là une excellente méthode pour délivrer le monde ". Les deux vieux moines rectifièrent leur position et dirent: " La méthode que vous employez pour délivrer le monde est vraiment remarquable et incommensurable ".

 

3. Pendant un séjour du Grand Maître Fondateur au centre de formation de Pongnae, un soir, voyant qu'il s'abstenait de prendre son dîner, Kim Nam-ch'n et Song Chg-byk, qui étaient chargés de le servir, lui en demandèrent la raison; il leur répondit: " Me trouvant ici, je profite largement de vos services; mais, cette nuit, vous allez vous quereller et, demain matin avant le lever du soleil, vous allez me quitter; c'est pourquoi, d'avance, j'ai décidé de m'abstenir de nourriture ". Les deux hommes lui répondirent: " Etant donnée la profonde amitié qui nous lie, même s'il survenait quelque malentendu entre nous, comment pourrions-nous aller jusqu'à vous quitter? Nous vous en prions, acceptez de prendre votre dîner ". Quelques heures plus tard, les deux hommes se querellèrent tout à coup et, incapables de dominer leur colère, ils commencèrent à préparer leurs bagages. Se souvenant de l'avertissement reçu du Grand Maître, Nam-ch'n resta et, toute sa vie, il se soumit à l'enseignement du Grand Maître; Chg-byk, lui, partit le lendemain matin ".

 

4. La neuvième année du Bouddhisme Wn, après la construction des premiers bâtiments de l'administration centrale de Igsan, pour permettre à la communauté qui était très pauvre de se subvenir à ses besoins, pendant un certain temps les membres de la communauté se mirent à travailler à la fabrication de sucre d'orge. A cette époque, le Grand Maître Fondateur ne cessait de répéter à ses disciples: " De nos jours, la mentalité de la société laisse beaucoup à désirer; par conséquent, faites attention à bien verrouiller les portes et surveillez bien les marchandises entreposées dans le magasin, de façon à prévenir tout vol: le jour où l'on nous déroberait quelque chose, sans parler des pertes que nous subirions, nous risquerions d'induire d'autres personnes à commettre des fautes ". Le Grand Maître acheta lui-même des cadenas; cependant, le manque d'expérience aidant, les disciples ne prirent pas toutes les précautions requises, si bien qu'une nuit des voleurs emportèrent le sucre d'orge et les plateaux de bois utilisés pour la fabrication. Se sentant responsables, les disciples s'en firent de grands soucis. Alors, le Grand Maître leur dit: " Ne vous faites pas de souci; les personnes qui sont passées ici la nuit dernière sont pour vous de grands maîtres: je suis persuadé être personnellement le maître que vous respectez le plus; si, malgré cela, ce que je vous disais il y a quelques jours n'a pas été suffisant pour vous inciter à la prudence, désormais vous ferez certainement très attention, même sans que je vous y invite. Par conséquent, considérez les quelques marchandises disparues la nuit dernière comme des frais de scolarité que vous auriez versés en vue de récompenser les maîtres en question de leur enseignement ".

 

5. Un des disciples, dont le caractère et la conduite étaient assez rudes, n'ayant pas encore réussi à corriger les mauvaises habitudes de sa vie passée, même après plusieurs années écoulées depuis son entrée en religion, les autres disciples dirent un jour au Grand Maître Fondateur: " Même si vous lui dispensiez votre enseignement pendant cent années, il n'en retirerait, semble-t-il, guère de profit; par conséquent, nous sommes persuadés qu'il vaudrait mieux le renvoyer sans tarder pour assainir l'atmosphère de la communauté ". Le Grand Maître leur répondit alors: " Comment pouvez-vous parler ainsi? Si ce disciple agit d'une telle façon actuellement, alors qu'il est à l'intérieur de la communauté, que deviendra-t-il à l'avenir s'il est renvoyé dans la société? De plus, considérer la société et notre communauté comme deux choses différentes est le résultat d'une pensée appartenant au Petit Véhicule et d'une opinion présomptueuse: d'un point de vue général, l'injustice de la société est l'injustice de la communauté, et l'injustice de la communauté est l'injustice de la société. Comment pourrait-on prétendre que le fait de supprimer l'injustice de la communauté pour la transférer à la société est un acte irréprochable? L'essence de la Loi bouddhique consiste à mettre en oeuvre tous les moyens possibles afin d'enseigner les hommes jusqu'au bout et de les conduire vers le bien; si vous voulez vous occuper uniquement des hommes de bien, qu'en deviendra-t-il de ce devoir? Par conséquent, ne détestez pas d'avance quelqu'un que vous enseignez, sous prétexte qu'il ne change pas de vie immédiatement; évitez de le rejeter et faites tout votre possible jusqu'au bout. S'il est incapable de supporter cette vie et décide de s'en aller de lui-même, la question sera différente; cependant, en dehors de ce cas, il faut faire en sorte que vous restiez toujours tous unis en tant que disciples du Bouddha égaux et destinés à parvenir tous ensemble à l'Illumination suprême ".

 

6. Un des disciples s'étant rendu coupable d'un manquement grave concernant les règles de la communauté, les membres de la communauté discutèrent entre eux et décidèrent de le chasser. Alors, le Grand Maître Fondateur dit: " Comment donc pouvez-vous prendre ensemble une telle décision? Cela n'est point ma volonté: quelques dizaines de milliers de disciples ne sont pas les seules personnes dont j'ai la charge, et ma communauté ne comprend pas seulement quelques dizaines de milliers de p'yngs d'installations. Le monde entier fait partie des hommes dont j'ai la charge et toutes les installations du monde sont celles de ma communauté; c'est pourquoi, si l'un de mes disciples peut me quitter, jamais, moi, je ne l'abandonnerai le premier ". Après cela, le Grand Maître appela lui-même le disciple concerné; il lui adressa d'un côté de sévères remontrances et, d'un autre côté, il lui donna des conseils concernant la conduite à suivre, si bien que, pour finir, il réussit à le guider sur la voie du repentir ".

 

7. A une époque où le Grand Maître Fondateur résidait à Yngsan, quelques prostituées adhérèrent à la communauté, si bien que, parmi les disciples, ici et là on ne cachait pas certaines réticences à ce sujet et disait: " Si des personnes de ce genre fréquentent cette vertueuse communauté destinée à l'enseignement de la Loi, non seulement les étrangers vont nous tourner en dérision, mais encore cela représentera un obstacle au développement de cette communauté; c'est pourquoi nous pensons qu'il serait préférable d'empêcher de telles personnes de venir ici ". Le Grand Maître se mit à sourire et répondit: " Comment pouvez-vous prononcer des paroles aussi vaines? L'essence de la Loi bouddhique est de travailler à la délivrance de tous les êtres, quels qu'ils soient, et toujours dans un esprit de miséricorde; comment pourrait-on faire exception seulement de telles personnes? Au contraire, la porte de la délivrance est ouverte pour des êtres comme ces personnes, qui vivent dans le péché et la souffrance: plus il s'agit de telles personnes, plus nous devons leur réserver un chaleureux accueil: le devoir fondamental de l'enseignement consiste à leur faire comprendre la perversité de leur vie, de façon à ce qu'elles en éprouvent de la honte et cessent de mener une telle vie. Comment pourrions-nous négliger notre devoir propre par crainte des railleries des gens du monde? De plus, si, dans le monde, on reconnaît l'existence de différences et de niveaux supérieurs ou inférieurs entre les hommes et entre les professions qu'ils exercent, la nature de Bouddha ne connaît point de telles discriminations: si quelqu'un ignorait ce principe fondamental et se montrait réticent à recevoir l'enseignement en compagnie des membres de la communauté sous prétexte que de telles personnes participent aux réunions, ce serait plutôt lui qui serait une personne dont la délivrance présenterait de sérieuses difficultés ".

 

8. La mentalité étant devenue extrêmement exacerbée à partir de l'année 1919, les autorités se firent de plus en plus soupçonneuses à l'égard du Grand Maître Fondateur. On venait du commissariat de police de Kimje quand il séjournait au temple bouddhique de Kmsan, et il lui fallut même subir des interrogatoires pendant plusieurs jours au commissariat de police de Ynggwang au cours d'un séjour à Yngsan, pour ne citer que ces cas; de plus, toute sa vie, il fut l'objet de multiples oppressions et de multiples contraintes. Cependant, sans la moindre aversion ni la moindre haine envers les autorités, il accepta toujours avec joie d'en rencontrer les représentants, et il disait aux membres de la communauté: " Ils ne font que leur travail; de même, nous aussi, nous ne faisons que notre travail. Si le travail que nous exécutons est un travail équitable, personne, quel qu'il soit, ne saurait nous causer préjudice et nous empêcher de l'accomplir ".

9. Un policier japonais s'étant permis de prononcer le nom et le prénom du Grand Maître Fondateur sans ajouter le moindre titre respectueux, indigné d'un tel manque de respect, O Ch'ang-gn le réprimanda vertement avant de le congédier; alors le Grand Maître lui dit: " Cet homme a commis une erreur parce qu'il ne me connaît pas encore très bien; pourquoi lui en faire reproche à ce point? Celui qui enseigne les autres doit toujours s'efforcer de faire preuve d'un dévouement susceptible de les émouvoir: si l'on sait accepter d'être vaincu là où il le faut, on finit inévitablement par être victorieux un jour; si l'on veut envers et contre tout être vainqueur là où il faudrait accepter la défaite, on finit inévitablement par subir une défaite ".

 

10. Après avoir fait subir au Grand Maître Fondateur un interrogatoire pendant toute une journée sous prétexte qu'un de ses disciples avait des idées subversives, la police japonaise lui demanda: " Faites serment qu'à l'avenir vous ne garderez plus jamais un tel disciple dans votre communauté! " Alors, le Grand Maître répondit: " Si les parents désirent tous guider leurs enfants vers la bonne voie, ceux-ci ont tous des caractères et des comportements différents, si bien que les parents ne peuvent pas toujours faire selon leur propre volonté; de même, si les gouvernants désirent guider tous les citoyens vers la bonne voie, chacun ayant sa propre mentalité, il est impossible d'atteindre un tel objectif. Il en va de même dans le cas de mon oeuvre: si je me consacre avec ardeur en vue de guider tous les hommes vers le bien, comment pourrais-je y parvenir en un jour? Par conséquent, je continuerai à faire des efforts en ce sens à l'avenir; cependant, il m'est difficile de prêter serment de faire en sorte qu'une telle chose ne se reproduise pas ". De Retour au centre de la communauté, il dit aux membres de la communauté: " Depuis longtemps, il y a rivalité entre les forts et les faibles: il existe de profondes discriminations, et l'injustice est la cause de nombreuses rancunes inavouées, ce qui finira par provoquer une violente guerre. Après cela, le monde en viendra à une meilleure mentalité: les individus et les nations sauront s'entraider et vivre en bonne entente, en évitant de piétiner sans raison la souveraineté des autres ".

 

11. Un jour, quelqu'un vint voir le Grand Maître Fondateur et lui demanda: " Existe-t-il aussi dans un monde comme celui de nos jours des ascètes qui ont découvert leur propre nature? " Le Grand Maître lui répondit: " Plus le monde est ce qu'il est de nos jours, plus les ascètes qui ont découvert leur propre nature ne doivent-ils pas être nombreux? " L'homme demanda alors de nouveau: " Vous, Maître, avez vous vraiment découvert votre nature propre et êtes-vous vraiment parvenu à l'Illumination suprême? " Le Grand Maître se mit à sourire et répondit: " La découverte de sa nature propre et la réalisation de l'Illumination suprême ne sont pas des choses qui existent uniquement en parole, ni des choses que l'on connaît uniquement pour en avoir entendu parler; par conséquent, il faut posséder un jugement suffisant pour percevoir un tel état, et la vraie valeur de la vertu sera prouvée par les hommes du monde entier au cours des générations à venir ".

 

12. Sur l'ordre des autorités de la police, un inspecteur de police passa plusieurs années au centre de la communauté afin de surveiller le Grand Maître et les membres de la communauté; le Grand Maître Fondateur s'occupait de lui et lui réservait toujours un chaleureux accueil, sans faire la moindre différence avec les disciples qu'il aimait. Un jour, l'un des disciples lui demanda: " Croyez-vous qu'il vous faille aller jusque-là ? " Le Grand Maître lui répondit: " Ta pensée est différente de la mienne. Qu'est-ce qui m'empêche d'exercer une bonne influence sur lui et de faire en sorte qu'il obtienne la délivrance? " Il se préoccupait sans cesse de lui, qu'il soit présent ou absent, et, pour finir, l'inspecteur en question en reçut une profonde impression, si bien qu'il adhéra à la communauté; par la suite, il se montra d'une grande utilité pour toutes les affaires qui concernaient les membres de la communauté. Son nom de religion fut Hwang I-ch'n ".

 

13. Pendant un séjour du Grand Maître Fondateur à Yngsan, un policier du canton, qui était de passage dans un village voisin, envoya quelqu'un demander au Grand Maître de venir le voir; aussitôt, le Grand Maître accepta de s'y rendre. Indignés de l'impertinence du policier, les disciples de son entourage tentèrent de le retenir; alors, il leur demanda: " Qu'est-ce qui m'empêcherait donc d'aller voir cet homme? " Un des disciples lui répondit: " Si dénuée de valeur que soit la vertu aux yeux du monde de notre époque, comment un simple policier du plus bas échelon peut-il se permettre pour des raisons personnelles de faire aller et venir le Grand Maître qui est à la tête d'une communauté de plusieurs centaines de personnes? Si vous vous soumettez ainsi à ses exigences, je pense que non seulement cela causera des dommages au prestige de la Loi bouddhique, mais cela sera aussi à l'origine d'humiliations non négligeables pour les membres de la communauté ". Le Grand Maître lui dit: " Si ce que tu viens de dire semble assez approprié à première vue, ne te fais aucun souci à ce sujet: j'ai déja réfléchi à la question ". Sur ces paroles, il alla rencontrer le policier et, de retour, il déclara aux disciples: " Quand je suis arrivé pour le rencontrer, il semblait plutôt gêné devant moi et il m'a accueilli avec joie, puis il est reparti l'air extrêmement satisfait; je suis donc persuadé que son désir de nous opprimer s'en est trouvé beaucoup atténué. Par contre, si je ne m'étais pas déplacé, son désir de nous opprimer s'en serait trouvé renforcé. Alors, que serait-il arrivé? Est-ce que la police japonaise ne cherche pas tous les prétextes pour opprimer toutes les associations de Coréens? C'est pourquoi, dans de tels cas, cette façon de réagir est celle qui est la plus appropriée. La façon d'obtenir un accueil respectueux de la part des autres, consiste dans tous les domaines à montrer au monde une conduite susceptible de vous attirer un tel accueil; alors, en accord avec cette conduite, tout le monde fera preuve de respect à votre égard. Cependant, pour ce qui est des sentiments des Bouddhas et des Bodhisattvas, même quand ils sont parvenus à l'état de Bouddha ou de Bodhisattva, au fond de leur coeur, ils ne s'attachent pas à la pensée de leur état ".

 

14. Parmi les nouvelles sectes religieuses de l'époque, il y eut de nombreux cas qui attirèrent l'attention des autorités administratives et de la société à cause de certaines affaires survenues en relation soit avec les richesses matérielles, soit avec des abus sexuels. L'ingérence et les inspections des autorités à l'égard de toutes les religions en devinrent alors fréquentes; cependant, se rendant compte qu'il n'existait jamais la moindre erreur dans la communauté, les autorités disaient: " A en juger par son organisation, ses projets et leur mise en oeuvre, la < Société de Recherche pour la Loi Bouddhique > pourrait prendre la direction du pays; elle serait certainement à la hauteur de la tâche ". Quand on le lui rapporta, le Grand Maître Fondateur déclara: " La vraie morale ( la vertu ) est la grande Loi qui permet de faire bien vivre non seulement les individus et les familles, mais encore les Etats et le monde entier. Si l'on nous confiait donc même la gestion du monde, pourquoi ne serions-nous pas en mesure de nous acquitter de cette tâche? "

 

15. Un jour, après avoir arraché lui-même les mauvaises herbes qui poussaient dans l'enceinte du temple de la communauté de Séoul, le Grand Maître Fondateur expliqua: " Si, aujourd'hui, j'ai enlevé les mauvaises herbes de l'enceinte de notre temple, cela revêt une double signification: tout d'abord, cela a pour objectif de montrer l'exemple et de rappeler aux responsables du temple qu'ils doivent toujours faire attention à l'ordre et à la propreté de cet endroit; ensuite, cela a pour objectif de rappeler que l'étude et la pratique de l'esprit et la suppression des mauvaises herbes ont des points communs: le fait que de vaines pensées apparaissent si nous ne procédons pas très souvent à l'examen de notre esprit est comparable au fait que les mauvaises herbes poussent partout dès que l'on néglige l'entretien de l'enceinte de ce temple. C'est une invitation à procéder à un examen concernant l'étude et la pratique de l'esprit grâce au travail de suppression des mauvaises herbes, une invitation à procéder au travail de désherbage comme pratique de l'esprit, et à procéder en même temps au nettoyage de l'enceinte du temple et du champ de votre esprit. Je vous demande de garder toujours à l'esprit cette double signification et de faire en sorte que rien ne soit en désaccord avec ma volonté ".

 

16. Le Grand Maître Fondateur rangeait toujours les objets dont il se servait dans un ordre parfait, si bien que, même par une nuit obscure, il pouvait les retrouver à tâtons là où il les avait posés; il faisait en sorte que la communauté soit toujours d'une parfaite propreté, sans la moindre poussière, et il disait: " Le désordre des objets utilisés par une personne montre que l'esprit de cette personne est en désordre; la malpropreté de la communauté montre que le champ de l'esprit du responsable est en mauvais état. Par conséquent, si le coeur et l'esprit sont paresseux et laissés en mauvais état, rien ne saurait être administré convenablement. Comment donc pourrait-on négliger quelque chose sous prétexte qu'il s'agit d'une chose sans importance? "

 

17. Dès qu'il quittait son bureau, ne fût-ce que pour un bref instant, le Grand Maître Fondateur mettait le cadenas au tiroir de son écritoire; un des disciples lui en ayant demandé la raison, il lui dit: " Dans mon bureau, il va et vient un grand nombre de personnes, hommes et femmes, jeunes et vieux, dont le niveau d'étude et de pratique n'est pas toujours très élevé; c'est pourquoi, craignant que la vue des objets ne les incite à commettre quelque erreur, je fais cela en vue de prévenir de telles erreurs ".

 

18. Le Grand Maître Fondateur ne jetait jamais ne fût-ce qu'une feuille de papier, un bout de crayon, ou même un bout de ficelle, qu'il utilisait toujours avec parcimonie, et il disait: " Les personnes qui ne savent pas utiliser les choses avec parcimonie, si ordinaires et abondantes que soient ces choses, obtiennent le karma de la misère; l'eau se trouve partout dans le monde, pourtant les personnes qui l'utilisent à tort et à travers, sans raison auront un karma qui les fera renaître dans un endroit où l'eau manquera, et elles souffriront du manque d'eau ".

 

19. Quand le Grand Maître Fondateur n'avait aucun travail urgent à faire, il posait les bases du travail pour l'avenir; c'est pourquoi il ne se trouvait jamais pris au dépourvu quand une tâche se présentait; même dans le cas des objets usagés, il pensait à l'usage qu'il pourrait en faire et ne jetait jamais rien, si bien que des objets usagés pouvaient parfois être utilisés comme des objets en parfait état .

 

20. Le Grand Maître Fondateur était toujours en garde contre tout luxe exagéré, aussi bien pour le vêtement et la nourriture que pour sa demeure, et il disait: " Il peut arriver que certaines personnes soient totalement ruinées avec leur famille après s'être adonnées à un luxe exagéré pour le vêtement, la nourriture et l'habitation: même si quelqu'un dispose d'une fortune confortable, le jour où il se laisse aller au luxe, son esprit finit par se pervertir, ce qui fait obstacle à la pratique de l'ascèse; par conséquent, les personnes qui s'adonnent à l'étude et à la pratique doivent toujours garder la simplicité et la sobriété en ce qui concerne le vêtement, la nourriture et l'habitation ".

 

21. Un jour que le Grand Maître Fondateur se trouvait avec quelques disciples devant l'entrée du centre de la communauté, arrêtant leurs jeux quelques enfants vinrent le saluer d'une révérence; seul le plus jeune d'entre eux ne fit pas de révérence. Le Grand Maître lui donna une caresse et lui dit: " Si tu me fais une révérence, je vais te donner un bonbon ". L'enfant lui ayant fait une révérence, le Grand Maître sourit, puis poursuivit sa promenade sans penser à autre chose; mais, au bout d'un moment, il dit aux disciples qui l'accompagnaient: " Vous, attendez-moi un peu; j'ai oublié de faire quelque chose ". Ceci dit, il retourna à son bureau et revint avec des bonbons, qu'il donna à l'enfant avant de reprendre sa promenade. Même dans le cas de choses sans importance, c'est de cette façon qu'il tenait toujours ses promesses.

 

22. Un jour, alors que le Grand Maître Fondateur était souffrant, l'un des disciples lui dit: " Chez un membre de la communauté qui vit dans le voisinage, il y a un fauteuil qui vous permettra de vous reposer confortablement: je vais aller le chercher ". Le Grand Maître lui répondit: " N'en fais rien! Le fidèle en question n'est pas chez lui en ce moment; alors, comment pourrais-tu te permettre d'apporter ce fauteuil en pensant uniquement à mon confort? Si intime que l'on soit avec quelqu'un, à moins qu'il ne s'agisse d'un cas de force majeure, il est préférable d'éviter de demander quelque chose et de s'en servir, sauf si le propriétaire l'a proposé de lui-même ou s'il a manifesté son acceptation à ce sujet ".

 

23. Quand le Grand Maître Fondateur recevait une lettre, après l'avoir lue lui-même et avoir immédiatement envoyé une réponse, il conservait ce qu'il jugeait devoir conserver et brûlait dans un endroit propre ce qu'il jugeait inutile de conserver. " Une lettre, disait-il, est l'expression des sentiments dévoués de son auteur, et ce serait un manquement aux bonnes manières de la laisser traîner n'importe où ".

 

24. Un jour, presque aussitôt après avoir sérèrement réprimandé un des disciples, quand il le vit revenir, le Grand Maître Fondateur le reçut avec le visage débordant de miséricorde; lorsqu'un autre disciple, qui se trouvait près de là, lui en demanda la raison, il répondit: " Tout à l'heure, j'ai fait cela pour détruire les pensées perverses qui bouillonnaient en lui; et, maintenant, je fais ceci pour encourager les pensées droites auxquelles il est revenu ".

 

25. Jusqu'à la fondation de la communauté, Yang Ha-un, l'épouse du Grand Maître Fondateur, se trouva entièrement chargée du travail de sa maison et dut endurer toutes sortes de souffrances; après la fondation de la communauté, il lui fallut encore s'acquitter de toutes sortes de pénibles travaux dans les champs et les rizières. Gênés devant un tel spectacle, les membres de la communauté en vinrent à décider entre eux de collecter des fonds dans toute la communauté afin de lui éviter de s'adonner à ces pénibles travaux. Quand il en entendit parler, le Grand Maître dit aux fidèles: " Bien que cela semble conforme aux règles des convenances, n'en faites rien: si ma femme n'a pas participé directement à la fondation de notre grande communauté et ne fait pas partie des personnalités hautement méritantes de cette fondation, pour quelle raison devrait-elle profiter de l'aide des membres de la communauté? Si elle était totalement dépourvue de ressources et dans une situation désespérée, je comprendrais encore; mais, quand on est en mesure de vivre par ses propres moyens, cela représente une vie heureuse, dont on n'a pas à avoir honte ".

 

26. Après avoir obtenu la compréhension au fond d'elle-même en voyant s'ébattre des cochons mâle et femelle, Yi Ch'ng-ch'un renonça aux plaisirs du monde et, une fois entrée dans la communauté, tout en se consacrant à l'ascèse, elle pensa à faire don à la communauté de toutes les terres qu'elle possédait. Le Grand Maître Fondateur lui dit: " Ton intention est extrêmement louable; cependant, il se peut que le coeur de l'homme ne reste pas toujours identique. Réfléchis donc encore plus profondément ". Il refusa donc sa proposition à plusieurs reprises; quant à la jeune Ch'ng-ch'un, non seulement elle ne revint point sur sa résolution, mais encore, plus profondément impressionnée par les refus répétés du Grand Maître, elle désirait vivement qu'il accepte, ce qu'il finit par faire en disant: " Que ta vertu soit, comme celle de l'univers, la grande Vertu exempte de tout attachement, et fais en sorte que tes mérites en soient éternels ".

 

27. Un jour que le Grand Maître Fondateur s'était rendu au temple de Maryng, O Song-am vint le voir et lui dit: " Depuis leur entrée dans la communauté, mes deux filles, Chong-sun et Chong-t'ae, refusent de se marier, ce qui est contraire à ma volonté; cependant, ne pouvant les faire revenir sur leur résolution, je renonce à les obliger à se marier; alors c'est à vous de vous charger de leur avenir ". Le Grand Maître lui répondit alors: " La loi de ma communauté, contrairement à celle du Bouddhisme traditionnel, n'impose pas à ses membres de renoncer à la vie conjugale; cependant, comment pourrait-on rester indifférent quand il s'agit ainsi de personnes qui, à la suite d'un voeu, désirent garder la pureté du corps et du coeur pour s'adonner à l'ascèse et aux travaux de la communauté? Pourtant, l'avenir de vos deux filles dépend davantage d'elles-mêmes que de leurs parents ou de leur maître; par conséquent, laissons-leur la responsabilité de leur résolution définitive: vous et moi, efforçons-nous seulement de les diriger avec dévouement ". Alors, Song-am se leva, fit une grande révérence et donna avec joie son accord pour que ses deux filles se consacrent entièrement à l'oeuvre de la communauté ".

 

28. Lors d'un voyage du Grand Maître Fondateur à Pusan, Im Ch'il-bo-hwa vint lui rendre visite et lui dit: " Je vous demande d'accepter de venir une fois faire une visite chez nous ". Il lui répondit: " Si, toi, tu as une foi très profonde, ton mari, lui, n'a pas encore adhéré à notre communauté. Est-ce qu'il donnera son accord? " Ch'il-bo-hwa répondit: " J'ai parlé à mon mari de mon désir de vous recevoir à notre table et lui ai demandé ce qu'il en pensait; il m'a répondu: < Je ne suis pas très fidèle pour la pratique et je n'ai pas encore adhéré officiellement à la communauté; cependant, si ce grand personnage nous fait l'honneur de venir à la maison, ce sera une gloire pour notre famille ". Le Grand Maître devina que le moment était venu et il accepta avec joie l'invitation qui lui était faite ".

 

29. Un jour, quelqu'un vint voir le Grand Maître et lui demanda de l'accueillir comme disciple; le Grand Maître Fondateur lui dit: " Que penseriez-vous si je vous demandais de revenir me voir encore une ou deux fois un peu plus tard? " Le visiteur lui répondit: " Ma résolution est ferme; je vous en prie acceptez mon adhésion immédiatement ". Après un bon moment de réflexion, le Grand Maître lui donna le nom de religion de Ilji. Alors, le nouveau venu s'exclama devant les membres de la communauté en disant: " Comment se fait-il que nous soyons devenus ensemble membres de la même communauté? " Puis il leur dit qu'il possédait de bons médicaments sous forme de pilules et leur demanda de lui en acheter, mais sans succès; pour finir, il se mit en colère en disant: " Comment peut-on se montrer si peu aimable entre membres de la même communauté? " et il s'en retourna chez lui avant le coucher du soleil.

 

30. Un des disciples ayant refait le toit de chaume d'un bâtiment de la communauté en se contentant de poser le chaume, sans le fixer avec des liens, le Grand Maître Fondateur lui dit: " Si jamais le vent se mettait à souffler au cours de la nuit, ce travail ne se retrouverait-il pas réduit à néant? " Alors, le disciple en question répondit: " Dans cette région, le vent ne souffle pas très fort ", et il laissa le toit comme il était; mais, pendant la nuit, un vent imprévu se mit à souffler, et tout le toit fut emporté. Ne sachant que faire, dans son embarras le disciple dit : " Si j'en suis là, c'est parce que je n'ai pas tenu compte de l'ordre que me donnait le Grand Maître qui, grâce à son pouvoir extraordinaire, savait d'avance ce qui allait se passer ". Le Grand Maître lui répondit alors: " A propos de ton travail, cette fois-ci, je t'ai enseigné la voie de la sécurité et de la raison; tu n'en as pas tenu compte et, maintenant, tu veux faire de moi un personnage mystérieux, ce qui ne fait que rendre ton erreur plus grave. Si tu te fais de moi une telle idée, à l'avenir tu n'apprendras pas de moi la Loi équitable de la Grande Voie, mais tu chercheras seulement à découvrir des choses mystérieuses. Comment donc ta vie à venir ne se trouverait-elle pas gravement en danger? Dépêche-toi donc de retrouver une saine façon de penser et, désormais, contente-toi de suivre la voie de la sécurité et de la raison ".

 

31. L'état de la maladie de Yi Un-oe étant devenu extrêmement grave, quelqu'un de sa famille vint en toute hâte demander au Grand Maître Fondateur ce qu'il fallait faire. Il lui répondit: " Faites immédiatement venir un médecin pour le soigner ". Quelques jours plus tard, l'état de santé du malade s'étant amélioré, le Grand Maître dit: " Si, il y a quelques jours, quand l'état de santé de Un-oe s'est révélé inquiétant, on est d'abord venu me demander la conduite à suivre, on s'est légèrement trompé de direction: connaissant la Vertu, moi, je suis le maître qui guérit les maladies de l'esprit et du coeur; quand il s'agit de guérir les maladies du corps, il existe des médecins qui possèdent chacun leur spécialité. Par conséquent, à l'avenir, si l'on vient me consulter pour guérir les maladies de l'esprit, il faut aller consulter le médecin pour soigner les maladies du corps: cela représente une connaissance adéquate de la voie à suivre ".

 

32. La maladie de son second fils, Kwang-ryng, devenant de plus en plus grave, le Grand Maître Fondateur prit ses dispositions de façon que les membres de la famille fassent tout leur possible pour lui dispenser les soins exigés; puis, quand le jeune homme mourut à la fleur de l'âge, il déclara: " L'homme ne fait que s'acquitter de son travail d'homme; ce qui est hors de son pouvoir, c'est la destinée ". Il ne changea absolument rien à ses habitudes en relation avec les travaux de la communauté et l'enseignement de la Loi ".

 

33. Après l'entrée en nirvâna de Yi Tong-an, le Grand Maître Fondateur resta un long moment silencieux, puis il pleura; alors les disciples lui dirent: " Efforcez-vous de dominer votre peine ". Il leur répondit: " Je ne saurais aller jusqu'à éprouver une peine intérieure, mais je ne peux m'empêcher de verser des larmes en me séparant de cet homme: depuis le début de la fondation de notre communauté, il s'est toujours conformé à ma volonté et a travaillé pour guider les membres de cette communauté sur la voie d'une foi droite; par la suite, lors de la mise en oeuvre des travaux de la communauté, jamais il ne s'est préoccupé le moins du monde du rang qui lui était attribué ".

 

34. Mordu par un gros chien du village voisin, le petit chien que l'on élevait au centre de la communauté était à la mort et ses cris en étaient lugubres; en les entendant, le Grand Maître Fondateur dit: " Pour ce qui est de tenir à la vie et de refuser la mort, l'homme et les animaux ont des comportements identiques ". Son visage montrait qu'il avait pitié de la pauvre bête et, quand le petit chien fut mort, il donna ce qu'il fallait pour organiser des offrandes en disant au responsable des cérémonies: " Organisez des offrandes du quarante-neuvième jour pour l'âme de ce chien qui nous quitte ".

 

35. Si le Grand Maître Fondateur savait se montrer aimable envers quelqu'un, il ne se permettait pas de le traiter sans respect ou à la légère; s'il savait se montrer sévère au sujet des erreurs de quelqu'un, personne ne lui en gardait rancune; même s'il connaissait quelqu'un comme un individu dont il était impossible de faire quoi que ce soit, il ne l'abandonnait jamais le premier.

 

36. Le Grand Maître Fondateur se méfiait des disciples qui se contentaient de paroles, sans s'adonner à la pratique; cependant, il ne rejetait pas leurs paroles. Il se méfiait du manque de vertu de ceux qui avaient seulement de l'habileté et du talent; cependant, il ne rejetait jamais leur habileté.

 

37. Concernant la direction des membres de la communauté, le Grand Maître Fondateur faisait preuve d'une grande sévérité dans quatre cas: le premier cas était celui où quelqu'un s'était approprié personnellement un bien appartenant à la communauté; le second cas était celui où, rentrée dans sa famille, une personne entrée en religion restait longtemps et sans raison valable avec les membres de sa famille, ou s'occupait aussi sans raison valable d'affaires personnelles; le troisième cas était celui où, recherchant son propre confort, quelqu'un ne coopérait pas à l'exécution des travaux de la communauté; le quatrième cas était celui où, négligeant de s'engager sur la grande Voie de la promotion simultanée des trois disciplines, quelqu'un se contentait de façon partiale de s'adonner au calme de l'esprit dans l'espoir de parvenir à l'obtention d'un pouvoir merveilleux.

 

38. Pour l'attribution des récompenses et des sanctions aux membres de la communauté, le Grand Maître Fondateur se basait sur cinq règles selon les dispositions de chacun: premièrement, il y avait les dispositions de ceux qui s'acquittaient bien de tous leurs devoirs et auxquels il n'attribuait ni récompenses ni sanctions particulières; deuxièmement, il y avait les dispositions de ceux qui s'acquittaient bien en général de tous leurs devoirs, mais commettaient parfois des erreurs et auxquels il n'attribuait pas de récompenses mais seulement des sanctions, en vue de faire qu'ils finissent par être exempts de la moindre imperfection; troisièmement, il y avait les dispositions de ceux qui faisaient à la fois beaucoup de bonnes actions et beaucoup d'erreurs, envers lesquels il usait en même temps des récompenses et des sanctions; quatrièmement, il y avait les dispositions de ceux qui commettaient surtout de nombreuses erreurs, mais accomplissaient de temps à autre de bonnes actions, pour lesquels il recherchait seulement les bonnes actions, même peu importantes, et auxquels il attribuait des récompenses, sans leur attribuer la moindre sanction, de façon à les encourager; cinquièmement, il y avait les dispositions de ceux qui ne faisaient que des erreurs et auxquels il s'abstenait d'attribuer récompenses et sanctions, se contentant de les observer pendant un certain temps.

 

39. Quand il s'agissait d'un disciple possédant une foi profonde et plein de bonne volonté, le Grand Maître Fondateur le réprimandait sévèrement, même pour une faute sans gravité; par contre, quand il s'agissait d'un disciple dont la foi manquait de profondeur et dont la bonne volonté était insuffisante, il ne le réprimandait que très légèrement, même dans le cas de graves erreurs, et le félicitait grandement à la moindre bonne action. Un des disciples lui en ayant un jour demandé la raison, il lui répondit: " Dans le cas de celui qui commet une erreur tout en accomplissant dix bonnes actions, c'est pour faire en sorte qu'il corrige même l'erreur en question, de façon à faire de lui quelqu'un de parfait; dans le cas de celui qui accomplit une bonne action tout en commettant dix erreurs, c'est en vue de cultiver en lui ne serait-ce que cette unique bonne jeune pousse ".

 

40. Quand il désirait employer quelqu'un, le Grand Maître Fondateur ne l'interrogeait sur ses connaissances et ses talents qu'après l'avoir interrogé au sujet de son esprit de foi, de son sens du bien commun et de sa volonté de mettre en pratique ce qu'il savait.

 

41. Il arrivait parfois que le Grand Maître fondateur assiste en compagnie des membres de la communauté à des récitals de musique ancienne de Chosn; en particulier, après avoir assisté aux opéras classiques tels que l'Histoire de Ch'unhyang, l'Histoire de Simch'ng et l'Histoire de Hngbu, il ne tarissait pas d'éloges sur la noblesse des sentiments exprimés: la fidélité, la piété filiale et l'amour fraternel; il insistait souvent sur le fait que, dans la vie communautaire, plus que partout ailleurs, la fidélité et la concorde étaient importantes, et il disait: " Si le dévouement à la nation, le zèle, la piété filiale et l'amour fraternel prennent des formes différentes selon les époques, il n'en faut pas moins en mettre l'esprit en oeuvre avec la même ardeur, quelle que soit l'époque ".

 

42. Quand il se produisait quelque événement parmi les membres de la communauté, avec tous les membres de la communauté, le Grand Maître Fondateur faisait tous les efforts dont il était capable; il partageait les joies, les soucis et les peines, sans jamais manquer le moins du monde de sympathie, sans jamais faire preuve d'exagération compte tenu de sa situation, sans espérer que des solutions seraient trouvées comme par miracle.

 

43. Lorsque les membres de la communauté allaient participer à des travaux en commun, le Grand Maître Fondateur se rendait toujours sur le chantier afin de diriger personnellement tous les travaux, et il disait: " Je demande ainsi la participation aux travaux en commun pour éviter que, parmi les six grandes règles de l'esprit et du corps, l'on ne néglige les trois grandes règles du corps ". Si, sans raison valable, quelqu'un ne venait pas participer aux travaux en commun, ou s'y montrait paresseux, le Grand Maître le réprimandait sévèrement.

 

44. Venu rendre visite au Grand Maître Fondateur, un homme qui avait voyagé dans tout le pays se montra plein d'admiration à son égard disant: " J'ai voyagé dans tout le pays, mais les Monts de Diamant sont les plus belles montagnes que j'aie vues; j'ai rencontré partout une multitude de personnes, mais, Grand Maître, je n'ai encore jamais rencontré un personnage aussi remarquable que vous ". Le Grand Maître lui répondit: " Pourquoi donc ne parlez-vous que des paysages et des personnes? Ignorez-vous qu'une morale encore jamais égalée dans ce monde est en train de s'établir dans ce pays? "

 

45. Un jour, An To-san vint rendre visite au Grand Maître Fondateur, qui l'accueillit lui-même et le félicita de la peine qu'il se donnait pour le peuple coréen. To-san lui dit: " Pour ce qui est de mes activités, le domaine en est limité, et je manque de talent, si bien que je n'apporte à la nation qu'une aide sans grande importance et que nos compatriotes qui subissent l'oppression des autorités à cause de moi ne sont pas rares; par contre, Maître, vos activités s'étendent dans un vaste domaine et vous savez gérer la situation avec une habileté remarquable, si bien que, tout en contribuant largement au bien de tous nos compatriotes, vous n'êtes pas l'objet d'une forte contrainte ou d'une grande oppression. Vous possédez des capacités qui sont vraiment remarquables ".

 

46. Le Grand Maître Fondateur dit un jour: " Pour ce qui est du talent, je ne possède absolument rien de plus que les autres; pour ce qui est des connaissances, je manque même des connaissances ordinaires. Pour quelle raison avez-vous donc confiance en un homme comme moi, qui est ainsi dépourvu de talents et de connaissances? " Malgré ce manque de talents, rien ne lui était impossible; malgré ce manque de connaissances, il n'ignorait rien: pour l'enseignement des êtres, sa vertu dépassait le ciel et la terre; pour la compréhension des faits et des principes, sa sagesse dépassait la clarté de la lune et du soleil.

47. Kim Kwang-sn s'exclamait un jour: " Depuis plus de vingt ans que je suis son disciple dans la communauté, je ne cesse d'admirer chaque parole et chaque action du Grand Maître et de m'efforcer de le prendre en exemple, mais je ne suis pas encore capable de faire un dix millième de ce qu'il fait. En particulier, il existe trois choses que j'admire le plus et cherche à imiter sans y parvenir. La première est la constance de son sens de la communauté et son désintéressement; la deuxième est son dévouement toujours identique du début à la fin; la troisième est sa générosité, qui sait se montrer tolérante pour les mauvais comme pour les bons. Quand on examine la conduite du Grand Maître, chacune de ses paroles et chacun de ses gestes, tout sans exception y est accompli uniquement pour le bien de la communauté. Il n'existe pas pour lui d'objectif personnel: il ne conçoit aucune pensée, il ne prononce aucune parole et n'accomplit aucune action qui ne soient destinées à la création de cette communauté. C'est ce que j'admire au fond de mon coeur et m'efforce d'apprendre. Quand on examine sa façon de conduire les travaux qu'il entreprend, on se rend compte évidemment qu'il est aussi doué d'une personnalité exceptionnellle; mais, si l'on compare la volonté qu'il a révélée au village de Kilryongni, dans la région de Ynggwang, en dirigeant les neuf disciples qu'il avait choisis lors de l'aménagement des terrains asséchés et cette volonté qu'il montre aujourd'hui, après tant de temps, on peut se demander si cette dernière n'est pas encore plus grande que la première; en tout cas, elle ne lui est nullement inférieure. C'est aussi une chose que j'admire profondément et m'efforce d'apprendre. Quand on examine la manière dont ce Grand Maître dirige la communauté, on se rend compte que, plus l'un des membres de cette communauté agit de façon déplaisante, plus il s'efforce de l'apaiser et plus il le protège, ne cessant de dire: < Pour ce qui est des personnes de bien, qui pourrait les mal juger? Pour ce qui est de bien juger une personne haïssable, cela fait partie d'une conduite conforme à ce que l'on appelle la grande miséricorde >. Cela encore est une chose que j'admire profondément au fond de mon coeur et m'efforce d'apprendre ".

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