Dharmas > Livre principal du Bouddhisme-Won

[Partie Trois : La pratique]
Chapitre Sept : La méditation à tout moment

D’une manière générale, par méditation (seon) on entend la pratique par laquelle nous parvenons à la liberté spirituelle en nous éveillant à notre propre nature qui est, à l’origine, exempte de discriminations et de fixations. Depuis les temps anciens, toute personne ayant la volonté d’avancer sur le grand chemin de l’Eveil a pratiqué la méditation.

Pour pratiquer la vraie méditation, il faut d’abord considérer le vide total comme substance et l’existence merveilleuse comme apparence. Ensuite, face au monde extérieur, il faut en toutes circonstances, rester inébranlable comme la montagne et, intérieurement, garder l’esprit clair et serein comme le vide de l’espace pour qu’il fonctionne sans contraintes, sans être agité dans l’action et sans être inerte dans l’inaction.

En faisant ainsi, toutes nos pensées émaneront de la sérénité de notre esprit de sorte que nos six sources d’action fonctionneront en harmonie avec notre nature originelle, sagesse du vide absolu. C’est ce que nous appelons taiseungseon(grande méditation), étude qui nous permet d’avancer dans les trois disciplines en même temps. N’est-il pas dit dans un soûtra: "Lorsque tu réagis, libère ton esprit de tes fixations"? Voilà bien le grand moyen de réaliser des actions dans la sérénité en toutes circonstances. Bien que cette méthode soit en apparence très difficile, après une observation dans le détail, on constate qu’elle est à la portée de l’agriculteur qui travaille à la houe, de l’artisan au marteau, du comptable à son boulier, du fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Nous pouvons pratiquer la méditation sur le chemin comme à la maison. Pourquoi vouloir alors se limiter à un endroit et distinguer l’action de l’inaction?

Cependant, chez celui qui pratique la méditation pour la première fois, l’esprit ne se laisse pas contrôler comme on le voudrait, exactement comme un bœuf que l’on voudrait dresser. Aussi, si le licou de l’esprit est relâché, ne serait-ce qu’une seule fois, la volonté d’avancer sur le grand chemin en sera affaiblie. Ainsi, même quand les circonstances provoquent en vous des désirs, pratiquez la méditation avec la volonté d’aller jusqu’au bout: votre esprit mûrira peu à peu et vous parviendrez à le contrôler comme bon vous semble. Chaque fois que vous rencontrerez des circonstances difficiles, rappelez-vous que c’est une occasion de plus de vous cultiver l’esprit: veillez à vous évaluer en notant simplement si vous vous êtes laissé entraîner par ces circonstances ou non. Si vous remarquez que le nombre de fois où vous parvenez à contrôler votre esprit est en augmentation, vous pouvez le tester en vous plaçant dans des circonstances que vous aimez ou que vous détestez habituellement. Si vous constatez que votre esprit se laisse influencer, c’est que la volonté d’avancer sur le grand chemin n’est pas encore suffisamment forte. Dans le cas contraire, sachez que c’est la preuve que votre volonté est sur la voie de la maturité. Cependant, à ce stade, même si vous remarquez que vous ne vous laissez pas influencer, ne relâchez pas de suite votre attention, car c’est le résultat de la contrainte et non de la nature. Pour affirmer que vous êtes bien entraîné, il faut que vous ne soyez pas influencé, même lorsque vous êtes relâché.

Si, après avoir longtemps pratiqué la méditation, une personne se libère spirituellement en abandonnant toutes ses inquiétudes, elle deviendra comme une colonne de fer et un mur de granite de sorte que ni la richesse ni les biens matériels ni les honneurs ne pourront gagner son esprit et que ni les armes ni le pouvoir ne réussiront à le faire plier. Elle fera tout sans difficultés et sans rencontrer d’obstacles et, tout en vivant dans ce monde agité, elle pourra immanquablement se concentrer sur des milliers de choses à la fois. A ce stade, notre monde se transformera en un monde de vérité de sorte que tout ce qui est correct ou incorrect, bon ou mauvais, beau ou laid, propre ou sale, tout deviendra aussi bon que le meilleur des laits. Voilà en quoi consiste la porte de la Vérité unique d’où apparaissent la libération des naissances et des morts, la délivrance du cycle de la transmigration et le Paradis du Pays Pur.

Ces derniers temps, nombreux sont ceux qui pensent qu’il faut aller à la montagne et s’asseoir dans le calme pour pratiquer la méditation parce qu’ils considèrent que c’est là chose difficile et qu’on ne peut la pratiquer quand on a une femme et des enfants et qu’on exerce une profession. C’est parce qu’ils ignorent le caractère unique de la grande Vérité. S’il faut s’asseoir pour méditer, cela signifie que l’on ne peut pas méditer debout. Et une méditation qui ne peut se pratiquer qu’en position assise et non debout est une méditation invalide. Comment pourrait-elle être le moyen de sauver les êtres sensibles? De plus, notre nature même ne se limite pas simplement au vide et au calme. Si nous pratiquons la méditation comme une chose inerte, cette méditation ne nous permettra pas de retrouver notre nature mais fera de nous de véritables infirmes. Ainsi, il faut que l’esprit reste calme dans des circonstances adverses et qu’il ne se laisse pas influencer même lorsqu’il se trouve dans des situations qui engendrent des désirs. C’est là la vraie méditation et le vrai calme qui se résument comme suit:

"Lorsque les six sources d’action sont inactifs, éliminez les idées futiles et cultivez la sérénité de l’esprit et lorsque les six sources d’action sont au travail éliminez l’injustice et cultivez la justice."

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