Dharmas > Livre principal du Bouddhisme-Won

[Partie Trois : La pratique]
Chapitre Quatre : La méditation assise(jwaseon)

A. Définition et objectif

D’une manière générale, la méditation assise est un exercice par lequel nous calmons notre esprit troublé en abandonnant les pensées importunes et grâce auquel nous faisons apparaître notre nature originelle. C’est aussi un moyen par lequel nous abaissons le feu de notre corps en faisant monter l’eau qui est en nous. Ainsi, l’eau monte quand les pensées importunes disparaissent et elles disparaissent quand l’eau monte:l’esprit et le corps étant solidaires nous renouvelons ainsi la force de notre esprit et celle de notre énergie vitale.

Par contre, si les pensées importunes ne sont pas abandonnées, la force du feu montera et brûlera toute l’eau du corps, privant ainsi l’esprit de clairvoyance.Le corps humain fonctionne comme une machine:nous ne pouvons remuer ni même un doigt sans l’énergie apportée par l’eau et le feu. Puisque les six sources d’action de l’homme sont contrôlés par la tête, quand nous les utilisons pour regarder, pour écouter ou pour penser, tout le feu du corps se concentre naturellement dans la tête et y consume l’eau, tout comme l’huile de la lampe se consume quand elle est allumée.Ainsi, quand nous ressassons des pensées qui nous tourmentent ou quand nous observons de toute la force du regard, ou encore quand nous parlons d’une voix très forte, inévitablement notre visage rougit et notre bouche devient sèche par manque de salive.C’est bien la preuve de la montée du feu.Nous devrions nous limiter dans l’utilisation nécessaire de nos six sources d’action même dans des cas justifiés.A plus forte raison, pourquoi laisserions-nous brûler jour et nuit la flamme de notre cerveau pour des pensées inutiles et importunes? La méditation assise est donc un exercice qui vise à éliminer toutes ces pensées et à faire apparaître la nature originelle, Vérité absolue.Elle sert aussi à faire baisser toute l’energie du feu et à faire monter l’eau claire de notre corps.

B. Pratique de la méditation assise

La pratique de la méditation assise est si simple et si facile qu’elle est à la portée de tous.

1. Une fois confortablement installé sur un coussin, assis en tailleur, maintenez le tronc et la tête bien droits.

2. Faites en sorte que toute la force de votre corps descende sur tanjeon, point situé sous le nombril, et soyez conscient du fait que cette énergie y est concentrée sans toutefois vous attacher à une quelconque pensée. Si votre esprit est distrait, votre énergie se dispersera.N’oubliez donc pas de veiller à la concentration de votre énergie.

3. Maintenez une respiration régulière, avec des inspirations un peu plus longues et un peu plus fortes que les expirations.

4. Gardez les yeux ouverts pour résister au démon du sommeil.Toutefois, vous pouvez éventuellement essayer avec les yeux fermés si vous vous sentez éveillé et que vous êtes sûr que le démon du sommeil n’aura aucune prise sur vous quand vous aurez fermé les yeux.

5. Gardez toujours la bouche fermée. Si vous arrivez par la pratique à bien faire monter l’eau et baisser le feu qui sont en vous, une salive claire et douce s’écoulera sur la langue et entre les dents, remplissant votre bouche. Vous l’avalerez de temps en temps.

6. Gardez constamment votre esprit éveillé dans la sérénité et serein dans l’éveil. Si votre esprit est gagné par le sommeil ou distrait par des pensées futiles, rassemblez votre esprit et écartez ces pensées de façon à rester dans l’état originel de votre nature qui est celui de la Nature.

7. Celui qui pratique la méditation assise pour la première fois ressent bien souvent des douleurs aux jambles et l’intrusion de pensées inutiles. Si vous avez mal aux jambes, il peut être bon de les changer de position et si des pensées inutiles envahissent votre esprit, prenez-en simplement conscience: elles disparaîtront d’elles-mêmes. N’en soyez donc pas du tout ennuyé et ne vous laissez pas décourager.

8. Si vous pratiquez la méditation assise pour la première fois, vous ressentirez parfois des démangeaisons sur le visage et dans diverses parties du corps comme si des fourmis vous courraient sur la peau. Ceci est la preuve du passage du sang dans les veines. Ne vous grattez donc pas et abstenez-vous de toucher ces parties.

9. Pendant l’exercice, ne vous attendez à rien d’extraordinaire ou de miraculeux. Mais si pareille chose venait à se produire, considérez-la comme trompeuse et ne vous y attardez pas.

Si vous pratiquez longuement la méditation assise telle qu’elle a été décrite, vous finirez par oublier ce qui vous différencie de ce qui vous entoure, vous oublierez le temps et le lieu, vous resterez dans le calme et le vide total où il n’y a que la sérénité originelle et l’absence de distinctions et vous vous réjouirez dans la paix de l’esprit.

C. Mérites de la méditation assise

Lorsque, suite à une longue pratique de la méditation assise, vous aurez obtenu la force qui en découle, vous bénéficierez des dix points suivants:

1. Vos actes irréfléchis ou inconsidérés disparaitront graduellement.

2. .Vos six sources d’action fonctionneront de manière optimale.

3. .Vos maladies et vos souffrances diminueront et votre visage reflétera la plénitude.

4. .Votre mémoire sera meilleure.

5. .Votre endurance sera plus forte.

6. .Vos fixations disparaitront.

7. .Vos mauvaises intentions céderont la place aux pensées justes.

8. La lumière de la sagesse de la nature originelle brillera en vous.

9. Vous atteindrez le paradis et vous en jouirez.

10. Vous serez libéré de la naissance et de la mort.

D. Nécessité de se concentrer sur tanjeon

D’une manière générale, depuis les temps anciens, la méditation assise vise à éliminer toutes les pensées en concentrant son esprit sur une seule chose. Mais si les méthodes de concentration sont aussi nombreuses que les raisons qui les ont vues naître, on constate que pour celles qui préconisent la concentration dans la tête ou à l’extérieur du corps, l’esprit est agité et l’énergie du feu monte, empêchant de parvenir à la sérénité. Par contre, si la concentration s’exerce sur tanjeon, l’esprit n’est pas agité et l’énergie descend, ce qui permet de retrouver le calme. Par ailleurs, cette concentration sur tanjeon est non seulement nécessaire à la méditation assise mais aussi au maintien de la santé. Si nous nous concentrons sur tanjeon et si nous avalons beaucoup d’eau sortie de l’étang de jade(la glande salivaire), l’eau et le feu seront en harmonie de sorte que les maladies du corps seront plus rares, que le visage sera resplendissant et la force vitale à son plus haut point. Notre esprit aura atteint son point d’équilibre, ce qui assurera notre longévité. Cette méthode a donc un double intérêt : elle nous permet de parvenir à la sérénité par la méditation tout en préservant la santé.

Les défenseurs de la méditation par le raisonnement critiquent parfois la méthode de concentration sur tanjeon en prétendant qu’elle mène à une méditation morte, sans effets. Si la méditation par le raisonnement peut être un expédient pour certaines personnes, elle n’est pas à appliquer de façon générale. Car, si nous pratiquons longuement la concentration par la remise en question perpétuelle(hwadou), l’énergie du feu montant, nous risquons fort de tomber malade. D’autre part, ceux qui par nature n’ont pas le désir de savoir risquent de perdre l’intérêt pour la pratique de la méditation. Ainsi, nous définissons des périodes pour la méditation assise et des périodes pour l’exercice de la remise en question de façon à nous consacrer de manière efficace à chacune de ces activités et à avancer d’une part vers la sérénité et d’autre part vers la sagesse. En faisant ainsi, nous ne nous abandonnons ni au vide ni aux discriminations mais nous ne faisons qu’un avec le vide total qui ne connaît ni action ni inaction.

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